Total annonce un contre-choc pétrolier

Le 18 mai 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Patrick Pouyanné adapte la stratégie de Total au nouveau contexte énergétique.
Patrick Pouyanné adapte la stratégie de Total au nouveau contexte énergétique.
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Le géant pétrolier adapte sa stratégie au nouveau contexte économique et climatique. Comme l’a rappelé son PDG, Patrick Pouyanné, auditionné par une commission sénatoriale.

Doit-on s’attendre à une hausse des prix du baril? Probable, mais pas tout de suite. C’est du moins la conviction affichée par le PDG de Total. Auditionné ce mercredi 18 mai par la commission des affaires économiques du Sénat, Patrick Pouyanné a estimé que la baisse des prix du pétrole avait considérablement réduit les investissements des compagnies pétrolières. Un retournement qui menace, à terme, l’équilibre entre l’offre et la demande de produits pétroliers.

Trop de projets

Entre 2009 et 2011, les prix de l’or noir ont doublé. «Cela a permis aux compagnies de développer de nombreux projets, sans doute trop», estime aujourd’hui le patron de la Major française. C’est le démarrage de la course aux gisements les plus extrêmes, comme en Arctique. Beaucoup seront abandonnés à cause de la dégringolade des cours, amorcée en juillet 2014. Cette année-là, les pétroliers investissent tout de même 700 milliards de dollars (621 Md€)!

Aujourd’hui, la situation a radicalement évolué. Sous le double effet de la récession et d’un afflux d’hydrocarbures (nord-américains et moyen-orientaux) sur les marchés, les prix ont été divisés par deux entre septembre 2014 et janvier 2015. Première conséquence: une révision à la baisse de l’activité exploration-production des pétrogaziers. «En 2016, les investissements du secteur atteindront 400 Md$ (355 Md€)», confirme le successeur de Christophe de Margerie.

Menace de pénurie

Seconde conséquence: la réduction annoncée de la production pétrolière. «Si l’on ne fait rien, explique Patrick Pouyanné, la production pétrolière baisse d’environ 5% par an. Or, avec la légère hausse de la demande prévue pour les années prochaines, il faudrait que nous accroissions la production mondiale de 25 millions de barils par jour d’ici 2019-2020 pour répondre à la demande à cette échéance. Actuellement, on ne fait pas les efforts nécessaires pour y parvenir.»

Selon le leader du CAC 40, il pourrait manquer 5 millions de barils/jour au début de la prochaine décennie. De quoi provoquer un contre-choc pétrolier, estime-t-il. Et une possible remontée des cours. «Mais en la matière, il faut rester humble: nos experts se trompent souvent.»

Purge attendue

En attendant une purge du marché, Total adapte sa stratégie au nouveau contexte. «Sur le changement climatique, il n’y a plus de débat. Nous en sommes en partie responsables. Désormais, notre bible, c’est le scénario 2°C de l’Agence internationale de l’énergie», claironne Patrick Pouyanné. Il y a moins d’un mois, Total s’est doté d’une nouvelle direction ‘Gas Renewable & Power’, chargée des activités ‘bas carbone’. Activité qui pourrait générer jusqu’à 20% du chiffre d’affaires d’ici 20 ans.

Ce faisant, le groupe n’abandonne pas les hydrocarbures, émetteurs de CO2. Mais change ses priorités. «Auparavant, quand un pétrolier découvrait du gaz associé au pétrole, il ne savait qu’en faire…» Aujourd’hui, les premières réserves d’hydrocarbures du géant tricolore sont… gazières. Simple: la demande d’énergie devrait progresser de plus d’un tiers d’ici 2030. «Et une centrale à gaz émet moitié moins de CO2 qu’une centrale au charbon», résume-t-il.

Activités bas carbone

S’il n’entend pas concurrencer EDF et Engie, «qui sont meilleurs que nous dans ce domaine», Total regarde tout de même avec intérêt le secteur électrique. Après avoir avalé SunPower, fabricant de panneaux photovoltaïques qui construit désormais des centrales solaires, l’énergéticien s’apprête à mettre la main sur le producteur de batteries Saft. Logique, l’avenir des énergies intermittentes passant par la maîtrise du stockage de l’énergie.

Pour un producteur d’énergies, le renouvelable passe aussi par les réservoirs des véhicules. Raison pour laquelle le groupe investit 200 M€ pour transformer sa raffinerie de la Mède en usine de production de ‘biodiesel’ (500.000 t/an), à partir d’huiles usagées et d’huiles végétales. Couplée à une centrale photovoltaïque (8 mégawatts), cette ‘bioraffinerie’ produira ses premières tonnes d’agrocarburants dès 2017.

Total entend aussi développer les services à l’énergie. En n’utilisant que les meilleures technologies disponibles, rappelle l’ancien conseiller technique du Premier ministre Balladur, nous pourrions collectivement fournir de l’énergie aux 9 milliards d’habitants en 2050 en accroissant seulement de 10% nos consommations. Gagner de l’argent en réduisant les consommations d’énergie: un business model d’avenir pour les énergéticiens.



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