Tomates: l’Anses alerte contre un nouveau virus

Le 04 février 2020 par Romain Loury
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Le ToBRFV, menace sur les tomates
Le ToBRFV, menace sur les tomates
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Un virus émergent affectant les tomates, les piments et les poivrons pourrait bien s’introduire prochainement en France, selon un rapport publié mardi 4 février par l’Anses. Si l’UE a mis en place des mesures de contrôle en novembre 2019, l’agence propose une «action rapide et déterminée» pour prévenir son introduction.

De la même famille que les virus de la mosaïque du tabac et de la tomate, le virus du fruit rugueux de la tomate brune (ToBRFV) a fait son apparition en 2014 en Israël, puis en 2015 en Jordanie, sur des tomates cultivées sous serre. Depuis, il s’est étendu à tous les continents: américain (Mexique, Etats-Unis, Canada, Chili), européen (Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, Grèce, Espagne, Italie), asiatique (Turquie, Palestine, Chine) et africain (Ethiopie, Soudan).

Des fruits non commercialisables

Les fruits portent «des taches jaunes ou brunes, avec des symptômes de rugosité caractéristiques, et peuvent être déformés et avoir une maturation irrégulière, devenant ainsi non commercialisables», explique l’Anses[i] dans un rapport publié mardi 4 janvier.

Or ce virus, qui touche entre 10% et 100% des fruits d’une culture contaminée, ne dispose à ce jour d’aucun moyen de lutte chimique, génétique ou de biocontrôle. Seules solutions, l’incinération de toutes les plantes, le nettoyage des installations, la mise en place d’un pédiluve à l’entrée des serres, le lavage et la désinfection des mains et des outils, etc.

Hautement contaminant, le virus se transmet via des microblessures des plantes, puis par un simple contact entre plantes, par les mains ou un outil. Le virus, qui peut aussi être transmis par les semences, peut par ailleurs survivre plusieurs mois sur un support inerte, sans perdre de son pouvoir infectieux. «Ces caractéristiques épidémiologiques rendent les tobamovirus redoutables dans les cultures à haute densité de plantation comme les cultures conduites sous serre», note l’Anses.

Contrôle européen sur les importations

Face à cette menace, la Commission européenne a émis en novembre 2019 une décision d’exécution (n°2019/1615) visant à empêcher la propagation du virus dans l’UE. Elle ne porte que sur les semences et les plants originaires de pays tiers, pas sur les fruits: ceux originaires de zones touchées par le ToBRFV doivent en être déclarées indemnes sur la base de tests officiels réalisés sur un échantillon représentatif.

Principal pays d’origine à risque, la Chine: selon des données 2019 du GNIS[ii], 27% des semences de tomates et 55% de celles de piments importées en France proviennent de ce pays, où la présence du virus est avérée depuis 2019 dans la province du Shandong, à l’est du pays. Loin derrière, Israël et le Mexique, représentent 1% du volume d’importation français pour le premier, moins de 1% pour le second.

Les fruits, autre source possible

Si les fruits ne sont pas concernés par la décision d’exécution européenne (le risque d’introduction est moins élevé), l’Anses recommande de restreindre leur importation à partir de pays indemnes. «Ce transfert peut avoir lieu si une même entreprise conditionne des tomates importées et des tomates produites localement ou via les intervenants sur une exploitation (ouvriers agricoles, techniciens,…) consommant des fruits frais importés de zones à risque», note l’Anses. A ce jour, les principaux pays exportant des tomates vers la France sont indemnes du ToBRFV, à l’exception de l’Italie (1% du volume d’importation français).

Selon l’Anses, le risque d’introduction, de propagation et d’impact en France métropolitaine, jugé «élevé avec une incertitude faible», est plus probable via les productions familiales que professionnelles, en raison d’«une plus grande proximité entre les activités culinaires et de production». «La question d’une information adaptée à destination des productions familiales devrait être considérée», estime l’agence. Autre risque, celui de l’achat de semences sur internet par des particuliers, qui doivent être informés.

Une éradication possible

L’Anses recommande la mise en place d’un plan national permettant la surveillance et la détection précoce de tout nouveau cas, ainsi que l’arrachage des plantes, symptomatiques ou non, dans une unité de production contaminée, avant incinération et mise en place d’un vide sanitaire. En Californie, la mise en place de telles mesures a permis l’éradication rapide du virus, également en cours dans d’autres pays touchés.

En France, la tomate est principalement cultivée en Bretagne, en Loire-Atlantique, ainsi que dans le sud-est (Bouches-du-Rhône, Gard, Vaucluse). Elle équivaut à 12% de la production totale légumière en France en 2018, en volume. La production familiale est très importante, estimée à 400.000 tonnes en 2018, contre 683.804 tonnes pour la production commerciale la même année.



[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

[ii] Groupement national interprofessionnel des semences et des plants