TMS: sortir de la prévention ordinaire

Le 26 mars 2007 par Bérangère Lepetit
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«Les TMS, certaines entreprises l'ont fait, pourquoi pas la vôtre?»: c'est le message que compte faire passer la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam), du 26 au 31 mars, lors de la première semaine nationale «Prévention des troubles musculo-squelettiques».

Troubles musculo-squelettiques. Sous ce vocable, se cache la première cause de maladie professionnelle dans la plupart des pays européens, dont la France, où ces troubles représentent plus de 20.000 cas reconnus chaque année, soit 65% du total des maladies professionnelles reconnues. Plus inquiétant: ces pathologies sont en constante progression depuis plusieurs années. Selon l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact) (1), on constate l'apparition de nouvelles formes d'organisation de travail qui conduisent à augmenter la pression temporelle sur l'activité des salariés, à réduire leurs possibilités de régulation, leur marge de manoeuvre. «De nouvelles pratiques se développent comme le juste-à-temps, la polyvalence, la polycompétence, la normalisation qualité, l'employabilité, le re-engineering (1), le lean manufacturing (2)…». Cela crée des situations «d'hyper-sollicitation physique et mentale». Or, les chercheurs de l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) l'ont démontré (3), le stress, en amplifiant la perception de la douleur, rend les travailleurs plus sensibles aux risques de TMS.

D'où la nécessité d'apporter une réponse autre que technique à l'apparition de TMS dans son entreprise. Et de cesser de considérer les TMS comme une question «ordinaire» de santé au travail. «Les réponses techniques d'amélioration des postes de travail ont montré leur faible efficacité. Cela oblige à élargir le champ de la prévention pour interroger l'organisation du travail», note l'Anact. «La prévention doit viser à redonner une possibilité de régulation au salarié».

La semaine organisée par la Cnam du 26 au 31 mars et intitulée «Les entreprises s'engagent» vise donc à mobiliser la direction et le personnel des entreprises autour de cette problématique et à les informer des démarches de prévention possibles. Car les exemples de réussite existent, même s'ils demeurent rares.

Citons celui de l'usine de fabrication des produits traiteurs industriels de la Toque angevine, dans le Maine-et-Loire. L'entreprise qui emploie 500 salariés a connu une forte progression des cas de TMS depuis 2000 parallèlement à la mise en place de nouvelles lignes de travail impliquant des gestes répétitifs. Un comité de pilotage formé d'un médecin du travail, de personnels de la Cnam, de l'Anact, du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), ainsi qu'un groupe de travail impliquant la direction et le personnel ont été mis en place afin de réfléchir ensemble à des solutions. S'en sont suivis de nombreux changements dans l'organisation de l'entreprise, comme des réalisations techniques sur les lignes «sandwich», mais également de nouvelles formations et de nouvelles méthodes pour conduire les groupes de travail. Aujourd'hui, tout nouveau projet est étudié avec l'ensemble des opérateurs concernés.

«La prévention doit être gérée comme un projet avec un engagement fort de la direction, des étapes d'information et de mobilisation, d'identification et d'analyse des risques», conseille l'Anact. Depuis 2000, des clubs d'entreprises ont également vu le jour en région pour permettre aux salariés et aux chefs d'entreprise d'échanger sur leurs expériences. Aujourd'hui, 8 régions sont dotées d'un club d'entreprise TMS (Bretagne, Centre, Franche-Comté, Lorraine, Normandie, Pays de la Loire, Poitou-Charentes, Rhône-Alpes) qui regroupent environ 80 entreprises. Pour l'Anact, ces clubs sont aussi une façon de suivre dans la durée les démarches de prévention dans les entreprises.

En effet, prévient l'Anact, les TMS étant liés aux évolutions du travail, ceux-ci perdurent dès lors que l'entreprise se positionne dans une recherche continue de productivité. Inutile, donc, d'espérer résoudre les TMS après la simple mise en place d'actions de prévention. Comment en finir, donc? Réponse: «L'entreprise est condamnée à envisager la prévention comme un projet permanent si elle veut la faire durer». Evident…



(1) Re-engineering: il s'agit d'une modification radicale des processus d'organisation qui doit permettre, entre autres, d'éliminer le travail inutile.

(2) Lean-manufacturing: processus de management qui doit permettre de réduire sept types de «déchets» dont le transport, les temps d'attente, la surproduction etc.

(3) Troubles musculo-squelettiques et travail, Quand la santé interroge l'organisation, éditions Anact, avril 2006




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