TMS dans l’agro-alimentaire: un fléau pérenne

Le 06 mai 2009 par Sabine Casalonga
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travailleur agro
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En dépit des actions de prévention menées depuis 10 ans, les TMS demeurent en tête des maladies professionnelles, en particulier dans l’agro-alimentaire. L’Etat, qui lance aujourd’hui le 2e volet de sa campagne de sensibilisation sur les TMS entend promouvoir une diffusion des bonnes pratiques en entreprise.

En tête des maladies professionnelles en France et en Europe, les troubles musculo-squelettiques (TMS) touchent particulièrement les secteurs de l’agriculture et de l’agro-alimentaire, notamment dans la viticulture et le traitement de la viande. «Les TMS représentent 94% des maladies professionnelles déclarées dans le secteur agricole», a indiqué François de la Guéronnière, directeur des affaires financières, sociales et logistiques au ministère de l’agriculture, lors de l’ouverture du colloque d’information sur les TMS dans le secteur agro-alimentaire le 28 avril. Les 600.000 salariés de l’industrie agroalimentaire, un secteur-clé de l’économie française, sont en effet soumis aux facteurs de risque des TMS (gestes répétitifs, exposition au froid et au bruit, cadences élevées, etc.) auxquels s’ajoute le poids des nouvelles formes d’organisation du travail.

«Les TMS recouvrent plusieurs pathologies qui ont pour origine commune une hyper sollicitation du corps à cause de contraintes mécaniques trop élevées et des temps de récupération insuffisants», explique Yves Roquelaure, professeur d’ergonomie à l’université d’Angers. Les TMS se traduisent par des douleurs au niveau des articulations (épaules, coudes, poignets), mais aussi une gêne dans les mouvements qui altère la qualité de vie. Les conditions psychosociales (stress au travail, manque de reconnaissance) jouent un rôle causal aux côtés des facteurs biomécanique et organisationnel mais aussi dans la modulation de la douleur ressentie. Toutefois, à l’inverse des cancers, ces maladies sont bénignes et guérissent rapidement en cas de cessation d’activité, dans la majorité des cas. La pathologie la plus répandue, le syndrome du canal carpien (1), est ainsi traitée par chirurgie dans 80% des cas. «Ces pathologies peuvent néanmoins devenir chroniques et donc handicapantes dans 5 à 10% des cas», souligne Yves Roquelaure. La question du maintien dans l’emploi représente un autre enjeu majeur. Reconnues depuis 1991 dans le régime général et depuis 1993 dans le régime agricole, le nombre de TMS déclarées a quadruplé en 10 ans, passant de 11.000 cas en 1997 à 44.000 en 2007. Un ralentissement s’observe toutefois aujourd’hui. Les TMS ont également un coût économique élevé: en 2006, ils ont engendré 710 millions d’euros de frais couverts par les cotisations patronales.

Face à ce fléau social et économique, les actions de prévention en entreprise se sont multipliées depuis la fin des années 90. «Pourtant, les TMS sont réapparus après un ou deux ans», relate Evelyne Escriva, chargée de mission à l’Anact (2). Afin d’identifier les freins et les leviers des méthodes de prévention durable, une étude de recherche-action a alors été conduite à la demande du ministère du travail, auprès de 30 entreprises entre 2004 et 2007. Evelyne Escriva dénombre les principaux obstacles à la mise en place d’une démarche de prévention pérenne: «une prise en charge tardive, le défaut d’inscription des TMS dans le document unique d’évaluation des risques, un mauvais dialogue social, un poids insuffisant des acteurs de la prévention, ainsi qu’une dépendance organisationnelle vis-à-vis de clients ou d’un groupe industriel». Cette étude a donné lieu à un rapport et des recommandations (3). L’Anact mise également sur les clubs d’entreprises en région et leur mobilisation dans la durée. Dans le cadre du plan d’action sur les conditions de travail lancé par le ministère de l’agriculture en août 2008, les inspecteurs informent les entreprises sur l’existence du Fonds pour l’amélioration des conditions de travail (Fact). A l’échelle européenne, les TMS -qui représentent plus de 50% des maladies professionnelles du secteur agricole dans l’UE- sont également une priorité stratégique. L’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (Osha) présente sur son site des exemples de bonnes pratiques en entreprise (4).

Mais la diffusion de ces bonnes pratiques sera-t-elle suffisante? Plusieurs experts soulignent le rôle néfaste des nouveaux modes d’organisation du travail (flux tendu, zéro délai, etc.). «La prévention des TMS nécessite de réfléchir au modèle productiviste actuel», souligne ainsi Yves Roquelaure. Côté réglementation, aucune contrainte n’existe à l’exception de la responsabilité générale de l’employeur vis-à-vis de ses employés et les obligations sur les aménagement de postes définies dans le code du Travail. A l’échelle européenne, des discussions sont engagées pour une refonte de la directive Machine afin d’intégrer les critères de sécurité (bruit, vibration) dès la conception. Une réflexion serait également à l’œuvre pour introduire des seuils pour les facteurs de risque psycho-sociaux. «Vouloir modéliser ces pathologies multifactorielles est illusoire!» estime toutefois Yves Roquelaure.

(1) Le syndrome du canal carpien correspond à une compression du nerf médian de la main
(2) Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (www.anact.fr)
(3) «La prévention durable des TMS. Quels freins ? Quels leviers d’action ?» François Daniellou et col., étude de l’Anact (février 2008)
(4) www.osha.eu/fr/sector/agriculture


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