TK Bremen: après l'échouage, la déconstruction ?

Le 19 décembre 2011 par Stéphanie Senet
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La région Bretagne a officiellement déposé une plainte contre X et s’est constituée partie civile, aujourd’hui 19 décembre, devant le Tribunal de grande instance (TGI) de Brest, au nom du préjudice écologique et de l’atteinte à son image, suite à l’échouage du cargo.

Le TK Bremen a réveillé de mauvais souvenirs bretons. Le président du conseil régional a en effet fait allusion à plusieurs reprises au naufrage de l’Erika lorsqu’il a déclaré, le 16 décembre, qu’il allait déposer une plainte suite à l’échouage du cargo sur la plage protégée de Kerminihy, à Erdeven (entre Lorient et Quiberon, dans le Morbihan) (voir JDLE). Pour mémoire, le naufrage du pétrolier s’était produit il y a 12 ans presque jour pour jour, le 12 décembre 1999.

 
«Le conseil régional et son président entendent connaître les conditions dans lesquelles ce naufrage s’est produit mais aussi rappeler, après le combat judiciaire de l’Erika, la nécessaire prise en compte du préjudice écologique et d’atteinte au patrimoine naturel, et faire savoir que la Bretagne ne laissera plus rien passer concernant la pollution maritime», a déclaré Jean-Yves Le Drian. Le président de la région porte également plainte pour atteinte à l’image de la Bretagne.
 
Le site où le cargo s’est échoué est un espace long de 25 kilomètres, situé au cœur d’un grand site dunaire. La Ria d’Etel et la baie de Quiberon sont deux sites classés Natura 2000 en raison de la richesse de la faune et de la flore. On y trouve des paysages et des habitats protégés au niveau européen, comme des vasières, dunes grises, prés salés, mais aussi 700 espèces végétales dont une trentaine sont protégées (comme le panicaut vivipare, la bourrache du littoral ou l’oseille des rochers) et une avifaune variée: bernache cravant, échasse blanche, spatule, ou traquet motteux… Le site abrite également une zone conchylicole majeure avec une cinquantaine d’exploitations dont cinq sont interdites de commercialisation selon un arrêté préfectoral.
 
L’ampleur de la pollution n’a toujours pas été précisée. Les autorités ont seulement souligné qu’elle n’avait aucune commune mesure avec une «marée noire». Par comparaison, Erika transportait 37.000 tonnes de fioul lourd, contre moins de 200 tonnes pour le TK Bremen. Le 16 décembre, le ministère de l’écologie avait évoqué une nappe d’1 km sur 5 m se dirigeant vers les côtes.
 
Le pompage des réservoirs, entamé le 16 décembre, a été ralenti par la nature du relief. La plage, étroite et meuble, est bordée par une dune également meuble, ce qui oblige les véhicules à stationner à plus d’une centaine de mètres du bord de l’eau. Selon le dernier communiqué de la région, 32 mètres cubes de gasoil ont déjà été prélevés dans le cadre du plan Polmar et 73 m3 de sable pollué ont été ramassés. Le pompage devrait se poursuivre pendant plusieurs jours.
 
Cet échouage pose la question de la responsabilité du capitaine. Pourquoi, en pleine tempête Joachim, a-t-il décidé de prendre la mer malgré l’alerte orange? Le parquet de Brest a ouvert une enquête judiciaire pour savoir s’il était opportun pour l’équipage de quitter, le 15 décembre, le port de Lorient.
 
Cette décision est d'importance, selon le ministère de l’écologie. «Actuellement, la capitainerie du port peut interdire la sortie d’un bateau pour deux motifs: soit il n’a pas fait toutes ses opérations administratives, soit son état fait courir un risque à son équipage et à l’environnement. Or ce n’était pas le cas», a rappelé la ministre de l’écologie. Nathalie Kosciusko-Morizet se demande toutefois «s’il ne faut pas étendre le décret aux compétences de la capitainerie afin de lui donner le pouvoir d’interdire à un bateau de prendre la mer sur un motif météo». Le président du conseil régional de Bretagne a également demandé, le 16 décembre, que le droit européen permette aux autorités portuaires d’interdire l’appareillage d’un navire en cas de danger.
 
L’association Robin des bois estime pour sa part qu’il existe un danger au sens de l’article R304-11 du Code des ports maritimes (1) et que le départ du TK Bremen aurait pu être ajourné. «Ce navire vieux de 30 ans avait atteint l’âge de la démolition et présentait des déficiences nombreuses, comme l’absence de panneaux de cale sur toute sa partie avant», affirme-t-elle dans un communiqué.
L’épave du bateau sera-t-elle remorquée ou déconstruite? La préfecture maritime de l’Atlantique a déclaré qu’un diagnostic serait réalisé une fois les cuves vidées. La décision sera prise conjointement par les préfectures terrestre et maritime suite aux propositions des experts.
 
En cas de démolition sur place, les ouvriers en charge du chantier devront revêtir une protection particulière en raison de l’amiante et des poussières toxiques contenus dans ce cargo long de 109 mètres. L’opération pourrait durer environ 6 mois. L’association Robin des bois s’inquiète aussi d'un éventuel piétinement de l’estran. La dernière démolition en date remonte à octobre 2006, suite à l’échouage du porte-conteneurs Rokia Dalmas –battant pavillon panaméen– au large de l’île de Ré.
 
Pour pouvoir être remorqué, le vraquier devra présenter une coque intègre. Cette solution, mise en oeuvre pour le cargo Artemis échoué sur la plage des Sables d’Olonne en 2008, ne semble pas d’actualité pour le TK Bremen. «Des trous et des fissures ayant été repérés, le navire va être vraisemblablement déconstruit», prévient Marc Gander, porte-parole de la préfecture maritime de l’Atlantique.
 
(1)      Selon cet article, les officiers de port, officiers de port adjoints, surveillants de port et auxiliaires de surveillance avisent par les voies les plus rapides l'autorité maritime chargée du contrôle ou de la sécurité des navires de tout fait dont ils ont connaissance, dans l'exercice de leurs fonctions, donnant à penser qu'un navire, bateau ou engin flottant ne peut prendre la mer sans danger pour lui-même, l'équipage, les passagers, la sécurité de la navigation, la santé ou l'environnement. Les officiers de port, officiers de port adjoints et surveillants de port peuvent interdire le départ du navire, jusqu'à ce que l'autorité maritime ait déclaré le navire, bateau ou engin flottant en état de prendre la mer. A la demande dûment notifiée de l'autorité maritime chargée du contrôle ou de la sécurité des navires qui a constaté des anomalies présentant un risque manifeste pour l'équipage, les passagers, la sécurité de la navigation, la santé ou l'environnement, les officiers de port, officiers de port adjoints et surveillants de port prennent les mesures nécessaires pour empêcher le départ du navire en cause et, le cas échéant, arrêtent l'opération portuaire en cours.


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