Tickets de caisse: Ségolène Royal en croisade anti-BPA

Le 12 mai 2014 par Romain Loury
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Un label en préparation à l'Ineris
Un label en préparation à l'Ineris
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En déplacement vendredi 9 mai dans des magasins Carrefour et Naturalia, la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, a souhaité encourager la substitution du bisphénol A dans les tickets de caisse. Reste (encore) à savoir par quoi…

Dix jours après la présentation de la stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNTE), ce déplacement avait pour seul et unique objet le bisphénol A, qui vit probablement ses derniers moments en France. Peut-être fallait-il voir, derrière ce coup de projecteur, une réponse aux critiques que s’est attirée à ce sujet la SNTE, accusée de frilosité quant aux tickets de caisse (voir le JDLE).

Car à l’inverse des contenants alimentaires, dans lesquels le BPA sera interdit en France à compter du 1er janvier 2015, la question des tickets de caisse (et de tous les papiers thermiques en général), où ce produit sert de révélateur, est moins assurée. Aucune interdiction n’est en vue à ce jour, bien que plusieurs enseignes, dont les magasins U, Carrefour et Naturalia, aient volontairement abandonné le BPA.

C’est ce type de démarche que Ségolène Royal souhaite encourager par la mise en place d’un label «sans bisphénols», en cours d’élaboration à l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris), de nouveau annoncée vendredi. A priori, rien de bien neuf, les enseignes concernées n’ayant pas attendu pour apposer une telle mention sur leurs tickets de caisse. Tel Carrefour, qui a abandonné le BPA en 2011, s’empressant aussitôt d’inscrire «Papier garanti sans bisphénol A» sur ses tickets.

L’intérêt du label proposé par le ministère pourrait en réalité tenir dans le pluriel employé pour le mot «bisphénol». Car lorsque Carrefour a été en mesure de mentionner l’absence de BPA sur ses tickets, il s’est étrangement abstenu d’indiquer qu’il l’avait remplacé par son cousin, le bisphénol S [1].

Dans un document interne de fin 2013, Carrefour indique que le bisphénol S a été «évalué à l’époque comme la meilleure solution sur le marché». Ce qui ne l’a pas empêché de «rester en veille sur le sujet avec ses fournisseurs de papiers afin de trouver des solutions alternatives», affirme-t-il.

Après le BPA et le BPS, place au «Pergafast 201»

Carrefour a finalement opté en 2013 pour une molécule de type non bisphénol, le «Pergafast 201», a indiqué un porte-parole du groupe Carrefour au JDLE. Ce composé fabriqué par BASF est l’un de ceux mentionnés dans le rapport sur les substituts du BPA, publié en avril 2013 par l’Agence nationale sur la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

Considéré comme «toxique pour les organismes aquatiques» (H411, selon le classement CLP), ses effets sur l’homme sont très peu connus. Publié en 2004 par l’agence australienne en charge de la régulation des produits chimiques [2], le rapport le plus détaillé sur le «Pergafast 201» fait état d’une génotoxicité observée in vitro, mais pas in vivo. Selon les maigres résultats évoqués dans ce rapport, le composé constituerait un risque «négligeable» pour la santé publique.

Aux Etats-Unis, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) a rendu public sur son site un courrier de janvier 2011, dans lequel BASF résume une étude portant sur des rats gavés à diverses doses de «Pergafast 201». A la plus haute dose (200 mg par kg de poids corporel et par jour), l’entreprise évoque des effets hépatiques et rénaux, ainsi qu’une progéniture de moindre poids de naissance.

Rien de bien alarmant en l’état, mais rien non plus de très certain du côté de ce composé peu étudié. En tout cas, rien qui n’empêche Carrefour, après son «garanti sans bisphénol A», d’apposer désormais la mention «garanti sans phénols» sur ses tickets.

Outre l’interdiction des contenants alimentaires à base de BPA et l’encouragement à la substitution des tickets de caisse, «la France a initié une démarche au niveau européen pour demander la  suppression du bisphénol, processus qui devrait déboucher à la fin 2015», rappelle le ministère (voir le JDLE).

Egalement contactée par le JDLE, Naturalia n’a pas été en mesure de préciser par quel agent elle avait remplacé le BPA.

[1] Quelques études ont suggéré que le BPS aurait les mêmes effets perturbateurs endocriniens que le BPA.

[2] Le National Industrial Chemicals Notification and Assessment Scheme (NICNAS).



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