Tianjin : de trop petits progrès

Le 11 octobre 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les ONG n'ont pas réussi à faire avancer les négociations.
Les ONG n'ont pas réussi à faire avancer les négociations.

Après une semaine de négociations, les pourparlers de Tianjin se sont achevés samedi 9 octobre. Comme prévu, aucune avancée sur le chemin d’un accord global n’a été accomplie, les tractations restant bloquées par l’antagonisme sino-américain.

à Tianjin, les diplomates ont trouvé deux points d’accord. Sans surprise, l’Inde pointe désormais à la troisième place dans le peloton des plus gros émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre. La semaine passée, Jairam Ramesh a confirmé que l’Inde émet désormais 5 % des GES anthropiques. Elle n’est plus précédée que par les Etats-Unis (22 %) et la Chine (23 %).

L’autre point de consensus, c’est que la conférence de Tianjin a permis quelques toutes petites avancées. « Nous avons identifié les mesures qui pourraient faire l’objet d’un jeu de décision », résume un négociateur européen, interrogé par le Journal de l’Environnement. En clair, lors du sommet de Cancun qui s’ouvrira le 29 novembre, pourrait être finalisées la création d’un « fonds vert », d’un mécanisme de transfert de technologies, et d’un système d’aide à l’adaptation des pays les moins avancés.

Annoncé à grand renfort médiatique, le système de lutte contre la déforestation tropicale, Redd+, pourrait lui aussi être porté sur les fonds baptismaux au Mexique. « En fait, on a rattrapé le retard pris à Bonn », résume notre expert. Au mois d’août, lors d’une réunion préparatoire, les négociations avaient totalement piétiné, bon nombre de pays souhaitant revenir sur les acquis de l’accord de Copenhague, signé à l’arraché le 19 décembre dernier.

Pour autant, observateurs et négociateurs font preuve d’un pessimisme grandissant. Car durant cette semaine chinoise, les avancées ont été bloquées par l’irrépressible antagonisme entre les Etats-Unis et la Chine. Samedi, le négociateur en chef américain soulignait sa grande déception devant l’attitude de l’empire du Milieu : « Nous avons très peu avancé sur les sujets qui nous opposent », résume Jonathan Pershing.

Washington souhaite non seulement que les pays émergents s’engagent à réduire leurs émissions — ce qu’ils font — mais aussi qu’ils acceptent que la communauté internationale contrôle la réalité et l’efficacité de leur politique climatique. Ce à quoi ils s’opposent, la Chine notamment. En retour, Beijing fustige l’incapacité américaine à alléger son empreinte carbonique. « Ce n'est pas juste de critiquer les autres quand soi-même, on ne fait rien », a sèchement répliqué Su Wei, le négociateur en chef chinois.

Cette rhétorique a une traduction très concrète sur le plan juridique. Les Etats-Unis ont un objectif différent de leurs partenaires de négociations. N’ayant pas ratifié le protocole de Kyoto, Washington entend transposer juridiquement les engagements pris par une cinquantaine de pays (plus l’Union européenne) dans le cadre de la convention-cadre de l’ONU sur le changement climatique.

Ce qui permettrait d’assigner des objectifs contraignants de réduction d’émission et de vérification obligatoire aussi bien aux pays les plus industrialisés (pour lesquels ces conditions existent déjà dans le cadre du protocole de Kyoto) qu’aux pays émergents et en développement. Ces derniers ne subissant, pour le moment, aucune mesure contraignante.

Beijing, de son côté, n’entend négocier que dans le cadre du fameux protocole de Kyoto. Ce qui équivaut à n’obliger que les pays les plus riches à se serrer la ceinture carbonique, le reste du monde pouvant suivre (ou non) leur exemple à condition d’être subventionnés par les nations les plus riches.

Un peu plus d’un an avant l’échéance de la première période d’engagement du protocole de Kyoto, des questions aussi fondamentales que :

- qui réduira (et de combien) ?

- pourra-t-on intégrer la lutte contre la déforestation tropicale ?

- devra-t-on réduire les rejets d’autres GES que les 6 déjà pris en compte ?

- quelle forme juridique prendra le prochain accord international ?

restent sans réponse. Et probablement pour longtemps encore. « Je ne nous vois pas réaliser de progrès substantiels à Cancun, mais nous essaierons tout de même », soupire la secrétaire d’Etat brésilienne à l’environnement, Branca Americano.

Rien n’y fera, le verrou sino-américain bloque la conclusion du moindre accord multilatéral. D’autant que la Chine bénéficie toujours du soutien indéfectible des autres grands émergents. Dans un communiqué publié lundi, la Chine, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud appellent « les pays développés à s'engager pour des objectifs d'émission plus ambitieux » que ceux du protocole de Kyoto [qui prévoit que les pays industrialisés réduisent de 5,2 % leurs émissions de GES entre 1990 et 2012]. Les 4 « Basic » exigent aussi que « les pays développés [aient] l'obligation de soutenir financièrement et technologiquement les pays en développement pour qu'ils s'adaptent ». 

Au vu de l’échec annoncé du sommet climatique de Cancun, bon nombre de négociateurs s’interrogent sur l’intérêt de poursuivre ces tractations qui durent maintenant depuis une vingtaine d’années. « Beaucoup de gens se désespèrent de notre incapacité à avancer, concède le chef d’une délégation européenne. Car en refusant d’envoyer un fort signal politique, les négociateurs éloignent les investisseurs des problématiques climatiques. »

Et sans argent, pas de technologies propres et sobres, pas d’adaptation, ni de lutte contre la déforestation.



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