THT : on ne sait rien, mais soyons prudents

Le 27 mai 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Sans apporter de nouveauté scientifique, le dernier rapport de l’Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) préconise un changement de politique dans la prévention du risque induit par les radiations non ionisantes.

 

Les effets des champs électromagnétiques font partie de ces « patates chaudes » dont ni les politiques, ni les scientifiques ne souhaitent être saisis. Voilà plus de trois décennies que médecins, cancérologues, épidémiologistes tentent de décrire des relations de cause à effet entre une exposition à ces radiations non ionisantes produites par les lignes à haute et très haute tension et une foultitude d’appareils électriques (chauffage électrique au sol, sèche-cheveux) et des pathologies plus ou moins sérieuses.

 

Le 6 avril dernier, l´Agence française de sécurité sanitaire de l´environnement et du travail (Afsset) s’y est brûlée les doigts. Reconnaissant de nombreuses lacunes à la connaissance scientifique, l’Afsset a néanmoins recommandé, dans son avis, d’éloigner les lignes à très haute tension, d’au minimum 100 mètres, des établissements recevant du public sensible (hôpitaux, maternités, écoles). Cette proposition a fait bondir huit experts, dont 4 membres du comité de rédaction dudit rapport et 6 du précédent rapport sur les radiofréquences. Dans une lettre ouverte adressée aux ministres en charge de la santé et de l’écologie, Henri Brugere, Jean-Claude Debouzy, François Gaudaire, Isabelle Lagroye, Anne Perrin, Marc Poumadere, Paolo Vecchia et Catherine Yardin accusent l’Afsset d’avoir « trompé délibérément le public et bafoué l’expertise scientifique ».

 

C’est dans cette atmosphère orageuse que l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques (Opecst) a rendu, jeudi, un nouveau rapport sur le sujet. Son rapporteur, le sénateur Daniel Raoul (PS), n’a pas caché les difficultés qu’il avait rencontré pour travailler sur les « effets sur la santé et l’environnement des champs électromagnétiques produits par les lignes à haute et très haute tension. » A commencer par les pressions exercées par certains parlementaires, très attachés à la défense des intérêts du gestionnaire de réseaux de transport d’électricité (RTE).

 

Comme on pouvait s’y attendre, le fruit du labeur du sénateur d’Angers n’apporte pas grand chose de neuf. Certes, on y apprend que l’exposition moyenne des Français tourne autour de 0,2 micro tesla (µt), et que du fait de leur proximité avec certains réseaux électriques, environ 375.000 personnes subissent une exposition deux fois supérieure.

 

Malgré la faiblesse de l’échantillon, dont la taille est sujette à caution (on a extrapolé à l’échelon national le panel d’une étude menée en Côte d’Or, ndlr), Daniel Raoul opte pour une « approche prudentielle ». Reconnaissant que les effets de cette exposition sont toujours très mal connus, Daniel Raoul recommande de renforcer ou de relancer la recherche dans un certain nombre de domaines : l’hyperélectrosensibilité (EHS), les relations possibles entre champs électriques et magnétiques (CEM) et maladies dégénératives, les impacts sanitaires des champs magnétiques et leurs effets sur la flore et la faune.

 

L’ancien universitaire demande aussi à la SNCF de mener une étude épidémiologique sur les cheminots en activité et à la retraite. Demande à laquelle l’entreprise publique a toujours refusé de donner suite.

 

Maladie rarissime (moins de 500 cas par an en France), la leucémie aigue de l’enfant est l’une des pathologies qui pourrait être provoquée, entre autres, par une exposition continue aux CEM. Raison pour laquelle le document de l’Opecst demande à l’Afsset d’effectuer une nouvelle évaluation du risque dans un délai de cinq ans. En attendant, le sénateur de Mayenne préconise de limiter, « chaque fois que cela est possible pour un coût raisonnable de ne pas accroître le nombre d’enfants de 0 à 6 ans et à naître susceptible d’être exposés à des champs supérieurs à 0,4 µt  ».

 

Pour éviter tout conflit d’intérêt, le parlementaire socialiste demande à l’Etat de reprendre ses responsabilités. Par exemple, en exigeant de RTE, dans son prochain contrat de service public, la réalisation d’un inventaire des zones à risques, un objectif chiffré de lignes à enterrer et la mise en place d’un système de financement idoine.

 

Daniel Raoul souhaite aussi assainir les relations entre le gestionnaire de réseau de transport d’électricité français et certains acteurs. « RTE doit financer la recherche, mais indirectement », estime Daniel Raoul. Pour les effets sur l’élevage, le sénateur appelle l’Etat à financer le Groupe Permanent sur la Sécurité Electrique (GPSE) dans les élevages agricoles et aquacoles qui actuellement reçoit l’essentiel de ses subsides d’EDF, de RTE et d’ERDF. Egalement très lié à RTE, le comité national avifaune devrait être élargi et s’intéresser aux effets potentiels des radiations non ionisantes pour toute la faune sauvage et non plus seulement les oiseaux.

 

Reste à savoir si le Parlement, tout occupé qu’il est à rénover le marché électrique français, trouvera du temps pour s’intéresser aux sujets levés par le sénateur Raoul.

 



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