Thon rouge : « Le point de non-retour est dépassé »

Le 19 novembre 2010 par Célia Fontaine
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Les stocks de thons rouges pourront-ils se reconstituer?
Les stocks de thons rouges pourront-ils se reconstituer?

L’optimisme était de rigueur parmi les membres de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (Iccat, selon l’acronyme anglais) ce 19 novembre lors de la cérémonie officielle d’ouverture de la 17e réunion extraordinaire. Pour eux, les stocks de thon rouge sont en voie de reconstitution, grâce aux quotas fixés ces dernières années. Opinion que ne partage pas du tout Roberto Mielgo Bregazzi, ancien industriel de la pêche et désormais consultant indépendant. Entretien.

 

 Les Etats membres de l'Union européenne viennent de se mettre d'accord pour demander à l’Iccat d’arrêter un quota de pêche pour 2011 identique à celui de 2010, soit 13.500 tonnes, voire un peu moins. Pensez-vous que cela garantira l’avenir du thon rouge ?

Non, absolument pas. Même dans le cadre d’un moratoire total de non-pêche, les stocks ne vont pas pouvoir récupérer. On se trouve face à un véritable « écocide » en Méditerranée.

Sur quoi vous basez-vous pour affirmer cela ?

De 1996 au 30 juin 2010, nous avons analysé la totalité des rapports de marché de ventes aux enchères de thon au Japon, le pays qui importe 85 % de la production mondiale. Plus de 2.030 rapports ont été passés au crible, faisant état de 380.000 individus, avec le détail du poids à la criée, la date de vente, le prix et l’origine. Il s’agit donc d’un échantillon vaste, plus que représentatif.

Les graphiques réalisés à l’aide de ces données montrent qu’il y a de moins en moins de thons rouges de 120 kilogrammes qui ont été pêchés[1].

Et qu’est-ce que cela signifie en termes de survie de l’espèce ?

Le poids est fondamental pour prévoir l’état du stock. Pour offrir des œufs de bonne qualité et viables, les femelles doivent peser plus de 120 kg. Certaines peuvent pondre dès 50 kg, mais le taux de mortalité de larves de ces femelles sera plus élevé. S’il ne reste plus que des thons de petite taille, ils ne suffiront pas à assurer le repeuplement de l’espèce.

Jusqu’à 2001, 75 % des thons rouges pêchés en Méditerranée (engraissés ou sauvages) mis aux enchères pesaient plus de 120 kg. Mais depuis, et surtout à compter de 2007, la tendance s’est totalement inversée : 75 % du thon vendu au Japon fait moins de 120 kg. De cette estimation qui est encore optimiste, il faut encore décompter les femelles, certes de cette taille, mais qui peuvent pondre des œufs enkystés.

J’estime donc à 8 % des stocks les femelles viables qui peuvent reconstituer les stocks.

Le Comité permanent pour la recherche et les statistiques (CPRS) de l’Iccat estime que le thon rouge de l’Atlantique oriental a 63 % de chance de se reconstituer d’ici 2022, et que le thon rouge de l’Atlantique occidental a 50 % de chance de reconstituer son stock d’ici 2019. Pourquoi n’arrive-t-il pas aux mêmes résultats que vous ?

Le récent rapport du CPRS est selon moi un monument dédié à la science vaudoue. La base des données de la documentation des prises de thon rouge (DPTR) n’est pas opérationnelle et le comité ne se basant pas sur un échantillonnage significatif ne peut tirer de véritables conclusions. L’industrie et la science semblent faire front commun, et il y a là une violation des législations européennes en vigueur[2].

La surpêche est-elle la seule cause de la disparition progressive de ce grand prédateur ?

Il y a d’autres facteurs comme le changement de salinité de la Méditerranée, où les thons rouges viennent se reproduire, l’élévation de la température de l’eau, l’accroissement du trafic maritime, ou encore les sonars, lors des exercices militaires.

 

Scandale des thons invendus

L’Iccat a publié le 19 novembre des documents qui montrent qu’environ 10.200 tonnes de thon rouge, pas loin de la totalité du quota mondial, attendent encore dans des cages en Méditerranée. « Le fait que ce poisson n’arrive pas à être vendu pose de sérieuses questions sur la pertinence de continuer à pratiquer cette pêche », a déclaré François Chartier, chargé de campagne Océans pour Greenpeace.

 

 

 

 

 

 

 

Les Européens exigent un changement dans la politique de la pêche

Un sondage d’opinion[1] qui sera publié le 21 novembre à l’occasion de la Journée mondiale de la pêche révèle que plus de 90 % des personnes interrogées en France sont préoccupées par la gravité de l’impact de la surpêche sur la bonne santé des mers et souhaitent que le gouvernement en fasse plus pour l’éviter. Selon cette enquête, 80 % des sondés français trouvent que les ministres européens de la pêche devraient se fixer des objectifs pour minimiser le risque d’effondrement des stocks et de dommages sur l’environnement, tout en augmentant les bénéfices socio-économiques sur le long terme pour les communautés dépendant de la pêche.



[1] Sondage réalisé par Opinium Research LLP, qui a interrogé 4 000 adultes britanniques, allemands, français et néerlandais (âgés de 18 ans et plus) entre le 28 octobre et le 2 novembre 2010.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


[1] En prenant en compte divers critères, comme l’engraissement, et en restituant le poids total d’origine du poisson avant qu’il ne soit vidé

[2] Directive-cadre Stratégie pour le milieu marin (2008/56/CE) du 17 juin 2008

[3] Sondage réalisé par Opinium Research LLP, qui a interrogé 4 000 adultes britanniques, allemands, français et néerlandais (âgés de 18 ans et plus) entre le 28 octobre et le 2 novembre 2010.



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