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Thon rouge: échec à Doha sur l’interdiction du commerce international

Le 19 mars 2010 par Sabine Casalonga
thon rouge
thon rouge

Malgré la proposition faite par l’Union européenne d’une entrée en vigueur différée à 2011, les Etats membres de la Cites ont voté contre l’interdiction du commerce international du thon rouge, hier à Doha (Qatar), provoquant une tempête de condamnations par les ONG. La France a annoncé qu’elle soutiendrait le classement en annexe 2 de la Cites, une option moins ambitieuse.

«C’est une funeste journée pour la biodiversité marine», ont déclaré Isabelle Autissier et Serge Orru, respectivement présidente et directeur général du WWF-France dans un communiqué. «En pleine année internationale de la biodiversité, qu’une espèce aussi emblématique que le thon rouge soit sacrifiée au profit d’intérêts économiques de court terme est une véritable honte, poursuivent-ils. Après Copenhague, ce nouveau fiasco montre la fracture qui est en train de se créer entre les opinions publiques qui sont de plus en plus sensibles aux enjeux environnementaux, et des lobbies d’une irresponsabilité flagrante.»

Le soutien de la France, puis de l’Union européenne (UE), à la proposition de Monaco pour interdire le commerce international de ce thonidé (1,2) n’y aura donc rien fait. Le classement du thon rouge sur l’annexe 1 de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites) a été rejeté jeudi 18 mars par la majorité des parties: 68 voix contre 20 favorables et 30 abstentions. La proposition européenne qui prévoyait un délai d'inscription à l'annexe 1, a été également rejetée par 72 voix contre 43. Ont notamment voté contre: le Japon, principal importateur et consommateur de thon rouge, le Canada, la Corée, l’Indonésie, la Tunisie, la Turquie, le Maroc et la Lybie. L’UE, la Norvège et les Etats-Unis ont voté pour.

Cette annonce a fait l’effet d’une douche froide aux ONG. Pour Greenpeace, «la Cites signe l’arrêt de mort du thon rouge», alors que la conférence était «une chance historique de sauver l’espèce» dont il resterait aujourd’hui moins de 15% de la population pré-industrielle.

Pourquoi cette décision tant attendue et ouvertement soutenue par l’UE a-t-elle abouti à un échec si brutal? Alors que des négociations étaient prévues sur plusieurs jours la conférence serait passée rapidement au vote sur proposition de la Libye, pays pêcheur, qui aurait court-circuité l'offre européenne d'ouvrir un débat en groupe de travail, selon l’AFP. «Après des preuves scientifiques écrasantes et un soutien politique croissant ces derniers mois, il est scandaleux que les gouvernements n'aient pas même tenté de s'engager dans un débat», a jugé Sergi Tudela, responsable des pêches au WWF Méditerranée et observateur à la conférence de la Cites.

Selon le WWF, l’échec serait en partie dû aux tergiversations de l’UE «qui a mis 6 mois à s’accorder sur une position». «Après Copenhague, c’est de nouveau le signe de l’incapacité de l’Europe à être un acteur international efficace», insiste Serge Orru. Pour Robin des bois, la crainte des pays en voie de développement de ne pouvoir indemniser leurs pêcheurs et les plans de sortie de flotte, comme les pays riches, a également joué. Sébastien Genest, président de France nature environnement (FNE) ajoute qu’«il faudra s’interroger sur les moyens à engager pour gagner la confiance des pays du Sud concernant la défense des espèces et des ressources».

Le WWF souligne en outre que «beaucoup d'Etats se sont opposés par principe à ce qu'une espèce marine à haute valeur commerciale soit inscrite à la Cites, estimant que la gestion durable de ces espèces relevaient des organisations régionales de gestion des pêches» [Iccat (3) pour le thon rouge]. Et pourtant, selon l’ONG «c'est justement parce que l'Iccat a failli dans sa mission depuis 40 ans, (…) que Monaco a décidé de proposer son inscription à la Cites».

Et c’est pourtant entre les mains de l’Iccat, dont la prochaine réunion aura lieu en novembre à Paris, que se placent désormais tous les espoirs. «Pour sauver l’espèce, il faudra que l’ensemble des pays qui ont soutenu l’inscription à l’annexe 1 de la Cites, et en premier lieu les pays européens, portent un moratoire à l’Iccat», estime François Chartier de Greenpeace.

Robin des bois espère que Monaco présentera la semaine prochaine à Doha une résolution demandant aux deux conventions internationales (Cites et Iccat) de travailler Une idée similaire est soutenue par les ministres de l’environnement et de l’agriculture qui indiquent dans un communiqué que «la France est décidée à proposer à l’Union européenne de continuer ses efforts pour convaincre les Etats parties de la Cites d’agir en faveur de la protection de cette espèce via un classement en annexe 2». Cette option permet d’encadrer le commerce international par la délivrance de permis d'exportation ou de certificats de réexportation mais sans l’interdire.

(1) Dans le JDLE «Thon rouge: la France pour l’interdiction du commerce… dans 18 mois»
(2) Dans le JDLE «Les eurodéputés votent pour l'interdiction du commerce du thon rouge»
(3) Iccat: Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique

3 réactions

Perb Eric | 19/03/2010 - 14H09

surpêche comme chacun sait les quotas sont depuis longtemps chaque année largement dépassés ... une interdiction du commerce international ne règlerait pas le problème des pêches illégales et le Japon a plusieurs années de stock dans ses frigos, ce qui lui permettrait d'attendre tranquille, et même de justifier une augmentation des tarifs au consommateur final en attendant la conférence de la ronflante Iccat, il faudrait frapper là où ça fait mal : faire payer systématiquement très cher, sous forme d'amende, la surpêche, lorsqu'il est possible de la mettre à jour, être intraitable et montrer sa détermination, quitte à couler les entreprises coupables le commerce du thon rouge rapporte tellement qu'on ne peut absolument pas faire confiance aux thoniers, qui à force de rouler sur l'or en voudront encore et toujours plus

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PICOT Grégoire | 19/03/2010 - 13H36

Tourisme quand tu nous tiens... Bonjour, Copenhague, Doha, ...et quelle ville après ? Outre le bilan carbone désastreux de ces grandes messes environnementales, nos élites ne s'achemineraient elles pas vers une forme de tourisme déguisé ? Cordialement

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Desforges Aymeric | 19/03/2010 - 14H29

S'il n'y avait que le thon Quand je vois des resto "in" à sushi s'ouvrir un peu partout, il est difficile de croire à l'avenir pérenne et radieux de notre poiscaille mondiale ("Nos enfants mangeront des méduses" cf le reportage de l'agence CAPA). On peut aussi citer comme œuvre de la CITES le refus d'interdiction de commercialisation de l'ours polaire, animal emblématique de la lutte contre les changements climatiques. L'Europe a préféré s'écraser devant les intérêts canadiens plutôt que de montrer son courage et sa force politiques. Le seul point positif de cette décision est incontestablement le fait que l'ours polaire ne sera pas victime du réchauffement climatique (puisqu'il aura disparu avant).

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