Thierry Burlot: «nous devons créer de nouvelles formes d’urbanisation»

Le 23 janvier 2020 par Stéphanie Senet
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Thierry Burlot, est vice-président du conseil régional breton, en charge de l'environnement
Thierry Burlot, est vice-président du conseil régional breton, en charge de l'environnement

Zéro artificialisation des sols et zéro pesticide en 2040… Adopté fin novembre, le Schéma régional breton d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (Sraddet) doit mettre en œuvre la transition écologique de la Bretagne. Comment ? Les explications de Thierry Burlot, vice-président du conseil régional en charge de l’environnement, eau, biodiversité et climat.

 

Les objectifs contenus dans le Sraddet sont ambitieux. A commencer par le zéro artificialisation des sols en 2040, alors que la Bretagne affiche le troisième taux d’artificialisation le plus élevé de France. Comment allez-vous faire?

Nous avons des atouts. On peut s’appuyer sur un territoire intercommunal structuré, avec 59 EPCI[1] engagés dans les Plans locaux d’urbanisme intercommunaux (PLUi) et des pays dotés de Schémas de cohérence territoriale (SCOT). Ce sont des entités privilégiées pour créer de nouvelles formes d’urbanisation et de vivre ensemble. Les citoyens ne veulent plus des extensions périphériques qui appauvrissent les centres des villes. Cette évolution s’est traduite par une perte de services administratifs, de services marchands et de sens. Mais elle a sa logique. Fiscalement, les communes périphériques ont intérêt à accepter des projets d’aménagement. Par exemple, une communauté de communes qui accueille un supermarché Lidl gagne 150.000 euros par an alors que le projet consomme 20 hectares de terres agricoles.

Vous demandez une réforme fiscale…

Toute la fiscalité actuelle encourage l’artificialisation. Au contraire, les communautés de communes qui protègent 40% de leur territoire, parce qu’elles sont en tête d’un bassin versant et qu’elles préservent les zones humides, ne perçoivent aucun bénéfice. Il faut changer le système.

Le Sraddet ne suffira pas à inverser la tendance…

Avec ce Schéma, il n’est pas question d’exercer une tutelle quelconque sur les collectivités. Mais il faut engager rapidement la transition. On est en train d’être rattrapés par les problèmes d’approvisionnement en eau, par le manque de ressources. Il est question de relier le barrage d’Arzal, dans le Morbihan, à Saint-Malo. Vous imaginez… Avec le Sraddet, nous avons des engagements clairs, qui seront par ailleurs opposables juridiquement. Cela étant, nous nous retrouvons face à deux obstacles de taille dans cette lutte contre l’artificialisation. Tout d’abord, les Bretons sont très attachés à la propriété individuelle. Ensuite, la population bretonne est amenée à s’accroître fortement au cours des prochaines années. Elle devrait passer de 3,3 millions d’habitants aujourd’hui à 4 millions en 2050. Il faudra bien accueillir tous ces nouveaux arrivants.

Comment envisagez-vous de sortir la Bretagne des pesticides d’ici à 2040 ?

Les pesticides sont des produits extrêmement dangereux que l’on retrouve dans l’eau, l’air, les urines, les cheveux… La trajectoire vers le zéro pesticide est une évidence. Mais la question est de savoir comment. Et le plan Ecophyto mis en place sous Sarkozy est un échec total puisque non seulement l’utilisation de pesticides n’a pas été réduite de moitié mais elle a progressé de plus de 20% en 2018. A notre niveau, nous avons développé le réseau des communes zéro phyto. Les premières collectivités bretonnes se sont engagées il y a quinze ans, bien avant la loi Labbé qui interdit leur usage pour l’entretien des espaces verts et forêts ouverts au public (depuis le 1er janvier 2017, ndlr).

Vous souhaitez aussi l’inscription d’une projection de la hausse du niveau de la mer en 2100 dans tous les documents d’urbanisme. Sur quelles données allez-vous vous baser ?

Nous allons constituer un Groupement régional d’expertise sur le climat (GREC), sur le modèle de ce qui a été mis en place dans la région Nouvelle-Aquitaine. Il devrait être opérationnel d’ici à la fin de l’année. Pour mémoire, le point de départ de notre transition remonte au lancement de la Breizh Cop en mars 2017. Le Sraddet permet d’avancer vers des objectifs précis.

 



[1] Etablissement public de coopération intercommunale (EPCI)