Textile: les toxiques aiment aussi le luxe

Le 18 février 2014 par Stéphanie Senet
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Dior, épinglé par Greenpeace pour toxicité
Dior, épinglé par Greenpeace pour toxicité

L’image de marque des enseignes de luxe vient d’être sérieusement froissée par Greenpeace. Publiée le 17 février, une nouvelle enquête révèle la présence de 4 substances toxiques dans des articles pour enfants. L’ONG dénonce le retard de la réglementation européenne comme la mauvaise volonté des producteurs.

 

En matière de santé humaine, de pollution des eaux ou d’impact sur la biodiversité, Dior n’a rien à envier à Zara. Tel est, en résumé, la conclusion de l’enquête menée par Greenpeace auprès de 7 marques prestigieuses de prêt-à-porter.

 

Exception faite de Trussardi (1), Dior, Dolce&Gabbana, Giorgio Armani, Hermès, Louis Vuitton, Marc Jacobs et Versace mettent sur le marché des articles pour enfants comportant, en majorité, au moins une substance toxique.

 

L’analyse du laboratoire de l’université d’Exeter (Royaume-Uni), conduite sur 27 articles achetés par l’ONG dans 9 pays d’Europe et d’Asie (2), révèle de mauvaises surprises. «Quatre substances toxiques, particulièrement présentes dans l’industrie textile, ont été retrouvées dans les analyses, à des taux équivalents aux produits de marques bon marché, en particulier pour les éthoxylates de nonylphénol (NPE)», explique Jérôme Frignet, chargé de campagne Toxiques à l’ONG.

 

Une Europe peu regardante

Plus connu sous le nom de NPE, ce composé organique a la particularité de se désagréger, au contact de l’eau, en nonylphénol (NP), un perturbateur endocrinien. Si les taux relevés dans les vêtements pour enfants respectent le règlement européen Reach, celui-ci montre toutefois de sérieuses lacunes.

 

Contrairement au secteur des cosmétiques, Reach ne limite pas la présence de NPE dans les produits finis du textile mais seulement dans les préparations utilisées lors du procédé de fabrication (qui ne doivent pas comporter plus de 0,1% de NPE en masse soit 0,1 gramme par kilo). «La Suède a d’ailleurs demandé une procédure de révision afin que le plafond ne s’applique pas seulement au processus de fabrication mais aussi au produit fini», note Jérôme Frignet. Sans cette mesure, l’enseigne européenne risque de reporter sa responsabilité environnementale sur le fournisseur. Et en Chine, l’un des pays où les articles visés ont été produits (3), la quantité de NPE n’est pas réglementée (4).

 

Selon Greenpeace, les seuils prévus par la réglementation européenne sont laxistes. «Il s’agit de substances persistantes, bio-accumulables, et toxiques (PBT). Elles font courir des risques à toute la chaîne alimentaire puisqu’on les retrouve dans l’eau, contaminant les poissons, et dans les boues d’épuration épandues sur les cultures», précise le chargé de campagne.

 

Outre les NPE, les chimistes anglais ont détecté la présence de composés perfluorés et polyfluorés (PFC) et de phtalates. Les produits de luxe composés de polyester présentent aussi des traces d’antimoine, dont la forme trioxyde est classée comme «potentiellement cancérogène pour l’être humain» par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Non réglementé en Europe, l’antimoine est seulement pris en compte par l’écolabel communautaire, qui prévoit un seuil maximal de 260 mg/kg.

 

En route vers les produits de substitution

Dans le cadre de sa campagne Detox, lancée en 2011 pour dénoncer l’utilisation de produits chimiques dangereux, Greenpeace fait petit à petit le tour de tous les rayons textile. L’organisation a déjà passé à la loupe les 20 marques de prêt-à-porter les plus répandues, représentant 15% du chiffre d’affaires mondial du secteur (textile et cuir au sens large). Toutes utilisent des NPE. Les PFC sont, eux, très présents dans les vêtements de plein air.

 

L’objectif de Greenpeace est de pousser les marques à s’engager vers le zéro rejet d’ici 2020. Une vingtaine de marques ont déjà signé la charte. Burberry et Valentino viennent de s’engager à publier progressivement les substances rejetées par leurs fournisseurs lors de la fabrication. Les deux marques promettent aussi de remplacer certaines substances par des formulations non toxiques. Disponibles, le «NPE free» ou «PFC free» n’accroissent les coûts de production unitaire que de quelques centimes, affirme Greenpeace.

 

 

(1)La petite quantité d’articles analysés ne permet toutefois pas de conclure que la marque Trussardi est totalement perméable aux substances ciblées.

(2) Chine, Danemark, France, Hong-Kong, Royaume-Uni, Russie, Suisse et Taïwan

(3) Les pays de fabrication sont la Chine, la Hongrie, l’Italie, l’Inde le Maroc, la Thaïlande et la Turquie.

(4)Seules les importations de formulations à base de NPE sont soumises à autorisation.



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