ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
imprimer Ajouter à vos favoris envoyer à un ami Ajouter à mes favoris Delicious Partager cet article sur WikioPartager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedinPartager cette page sous TwitterS'abonner au flux RSS du JDLE

Terre de liens: relocaliser sa nourriture, combien de paysans?

Le 02 avril 2013 par Marine Jobert
Affiche du mouvement Terre de Liens, libellée
Affiche du mouvement Terre de Liens, libellée
DR

1.187.847. C’est le nombre de paysans (hors conjoint et travailleurs agricoles) qu’il faudrait pour nourrir les 65 millions de Français, en utilisant 22,9 millions d'hectares de terres agricoles; soit 82% de la surface agricole utile[1] (SAU). Ces données n’ont rien de théoriques; elle sont calculées à l’aide du «convertisseur alimentaire» mis au point par Terre de liens (TDL) Normandie, à partir des données recueillies auprès des paysans installés depuis 2006 par le mouvement. Objectif affiché: «Transformer les volumes annuels de nourriture mangés par chacun de nous en volumes à produire et en surfaces agricoles utiles à mobiliser pour réaliser ces productions, et enfin en nombre de paysans nécessaires pour prendre en charge ces productions.» Sur internet, le particulier tape le nom de sa commune et découvre, en quelques secondes, combien de paysans pourraient travailler pour que lui et ses concitoyens puissent être approvisionnés[2] localement en légumes, fruits, viande (poulet, porc, bovins), œufs, lait, céréales et légumes secs. Même exercice proposé aux gestionnaires de cantines et de restaurations collectives publiques ou privées. «Les producteurs locaux étant trop peu nombreux, il convient de s'atteler à l'installation massive de nouveaux producteurs en filières courtes.» En 10 ans, TDL aura installé ou consolidé 140 producteurs, acquis 87 fermes, 52 maisons,189 bâtiments et 2.744 hectares de terres, grâce à 10.000 investisseurs, pour un coût de 27 millions d’euros.

 

Et c’est tout le message sous-tendu par ce calculateur, qui tient autant de l’outil pratique que du manifeste. Dans sa charte, le mouvement] déclare «vouloir libérer la terre des lois du marché en la considérant comme un bien commun, géré par la société civile». Pour ce faire, TDL voudrait voir se lever un «peuple entrepreneur solidaire» qui soutiendrait des porteurs de projet d'installation ou de conversion vers l'agriculture bio. TDL veut également entraîner dans son sillage les ministres Moscovici (économie «sociale et solidaire»), Montebourg («aide à l'investissement dans les filières courtes»), Duflot («réforme de la gouvernance de la Société d'aménagement foncier et d'établissement rural (Safer)»), Batho («appui à la restauration écologique des fermes à forte utilité sociale et environnementale») et Le Foll (agro-écologie, extension du domaine d'applicabilité du bail rural environnemental (BRE).

 

En proposant un nouveau «deal» (pour développement économique par l'alimentation locale), TDL fixe aux «indécis, simples personnes de bonne volonté», un certain nombre d’objectifs individuels, collectifs et politiques, gradués en fonction de l’implication personnelle qu’ils exigent. D’abord, analyser sa consommation alimentaire et essayer d'acheter local et le plus directement. Ensuite, reprendre en main une épargne «confiée en aveugle aux banques», pour investir dans des outils de finance «qui gèrent de manière démocratique et transparente une richesse individuelle et collective mise en commun pour servir un même but humaniste et écologiquement soutenable». Puis s'investir comme bénévoles actifs, dans des groupes locaux, avant que de franchir le pas de «s'engager dans les élections municipales de 2014 avec comme projet de développer des politiques publiques soutenables et innovantes en matières agricole et alimentaire».

 

A l’échelle nationale, TDL s’est fixé comme objectif d’enrôler un habitant par commune en 5 ans. «Parce qu’investir dans son alimentation bio en aidant à l'installation agricole près de chez soi, c'est aussi générer moins de dépenses publiques de santé», plaide TDL. Paysans et populations périurbaines protégés des pesticides, biodiversité restaurée, prévention des maladies environnementales, limitation des constructions pour protéger des espaces agricoles indispensables au bon écoulement des eaux, moindre subvention aux cultures d’exportation, baisse de la facture de traitement des eaux polluées par les pesticides, etc. La liste des «bonnes raisons» de soutenir TDL est longue mais sa mise en œuvre s’avère complexe.

 

Car le «convertisseur alimentaire» ne se contente pas d’être un décalque comptable des besoins de production sur des surfaces à cultiver. Il démonte, par la pratique, ce que pourrait signifier concrètement le fait de devenir une commune «locavore». En questionnant au passage certaines consommations «classiques», comme celle de riz, remplacée ici par de la semoule. Explications: «Nous mangeons aujourd'hui une quantité de riz que nous ne produisons pas en France. Donc, si nous voulons relocaliser notre alimentation, nous devons substituer une culture par une autre permettant de consommer le même niveau de féculents». Etre locavore demande des sacrifices! «Quid du cacao, du café, des bananes?», demande TDL dans un questions-réponses imaginaire. «C'est une bonne question, qui nécessitera d'envisager des réponses en termes de solidarité paysanne et de solidarité entre citoyens d'ici et d'ailleurs.» Et d’ajouter que les terres aujourd’hui consacrées à des productions que nous consommons au Nord trouveront d’autres destinations «pour redévelopper la propre souveraineté alimentaire» des paysans du Sud.

 

La question de l’accaparement des terres à l’intérieur même de nos frontières nationales, que ce soit par l’agroalimentaire, par les cultures d’exportation ou par la production de biocarburants, est également posée. Les 20% de SAU rendus disponibles -à régime alimentaire constant- seraient alors consacrés aux productions alimentaires qui ne sont pas prises en compte par le calculateur (comme l’élevage ovin caprin) et les productions non alimentaires pour bâtir, se vêtir ou se chauffer.

 



[1] Soit 28,2 millions d'hectares.

[2] En fonction des moyennes nationales de consommation.

 

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus