Terrains synthétiques: pas de risque avéré, mais prudence

Le 18 septembre 2018 par Marine Jobert
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Près de 3.000 terrains en France à base de pneus recyclés.
Près de 3.000 terrains en France à base de pneus recyclés.

Constitués de granulats de pneus recyclés, les terrains synthétiques et aires de jeux qui ont fleuri chez nous représentent-ils un risque pour la santé humaine et l’environnement? Les études manquent et la réponse de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) est loin d’être tranchée.

Dangereux, les terrains synthétiques? L’Anses publie ce 18 septembre ses travaux sur l’éventuel impact sur la santé et l’environnement de ces terrains de sport et aires de jeux fabriqués à partir de granulats de pneus mis en œuvre dans tout le pays. La France en compte environ 3.000. L’agence a passé en revue une cinquantaine d’études et expertises sur les substances chimiques qui entrent dans la composition de ces terrains constitués de granulats issus du recyclage de pneumatiques usagés. Elle s’est également penchée sur les connaissances disponibles sur la production, la pose et l’entretien de ces terrains. A première vue, il n’y aurait pas d’inquiétude particulière à nourrir pour les bambins et les sportifs: «Les analyses épidémiologiques existantes ne mettent pas en évidence d’augmentation du risque cancérogène, en particulier des lymphomes et leucémies, associée à la fréquentation ou la mise en place de terrains de sport synthétiques, et ce notamment au vu des faibles concentrations de substances cancérogènes émises ou relarguées par les granulats de pneus.»
Les données manquent
Mais gare: il faudrait analyser plus largement les polluants contenus et émis par ces granulats, en particulier concernant les poussières susceptibles d’être émises, «afin notamment de préciser les expositions professionnelles», précise l’agence. Les données manquent pour les aires de jeu, a-t-elle constaté, ainsi que pour des composants tels que les colles, colorants, liants, agents lissants employés avec les granulats de caoutchouc.
Ilots de chaleur
Le risque potentiel porte sur l’environnement, puisque des études de laboratoire ont montré qu'un grand nombre de substances chimiques peuvent être relarguées, à l’occasion notamment du déversement dans les eaux usées par le système de drainage, du ruissellement vers le sol, l'eau et les sédiments du milieu, ou par un drainage manquant ou mal dimensionné. Sans compter que les disparités environnementales et climatiques sont des paramètres «exerçant une influence importante sur l'évolution à long terme des cinétiques de relargage des substances chimiques». En clair, un terrain qui vieillit est-il toujours aussi safe? Quant aux animaux qui vivent dans ou à proximité de l’eau, ils ont du souci à se faire. «Une exposition à plus grande échelle est possible, en raison de la dispersion des granulats de pneumatiques recyclés lorsqu’ils sont utilisés sous forme libre [c’est-à-dire arrachés par des conditions météorologiques défavorables ou par la dissémination de ces billes dans les chaussures et vêtements des utilisateurs]». Les volumes sont colossaux: selon le rapport d’un consultant pour la Fédération internationale de football (Fifa) daté de mars 2017, il y aurait entre 1 et 4% de granulats «perdus» par terrain et remplacés chaque année. Soit, pour les 3.000 terrains en granulats installés en France, plusieurs milliers de tonnes par an. Faut-il s’inquiéter des relargage de métaux (dont le zinc) mais également de substances chimiques organiques telles que certains phtalates ou phénols ayant des propriétés de perturbation endocrinienne? «En l’état actuel des connaissances, ces données sont insuffisantes pour caractériser les risques éventuels pour l’environnement et les organismes vivants.» Seule certitude: ces billes augmentent la concentration des micro plastiques présents dans les eaux et rivières du pays. Enfin, ces terrains constituent de véritables ilots de chaleur, prévient l’Anses, qui demande toutefois à approfondir la question.
Etudes en cours aux USA
Cet avis, pour l’heure rassurant, se conclut par plusieurs préconisations. Restreindre la teneur en HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) dans les granulats de caoutchouc, comme le conseille l’agence sanitaire néerlandaise, qui a publié récemment des recommandations pour 8 hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) cancérigènes. Objectif: baisser l’exposition autorisée des joueurs et des personnes manipulant ces granulats de caoutchouc. Et pas qu’un peu: de 100 milligrammes par kilo pour deux HAP et 1.000 mg/kg pour les 6 autres, l’agence néerlandaise propose de fixer la limite de concentration à… 17 mg/kg. Soit de 5 à 50 fois moins qu’aujourd’hui. Des études sont en cours aux Etats-Unis et en Europe, qu’il sera intéressant de suivre.

 

L’économie circulaire, c’est bon pour la santé? «Une économie plus sobre en ressources, pose la question de l’identification des externalités négatives (parmi lesquelles les risques pour l’Homme et l’environnement) à intégrer dans le développement de l’économie circulaire», souligne l’agence, qui s’attachera à inclure cette question dans sa réflexion sur ses travaux d’expertise à venir.


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