Télévision: des générations futures rejouent Copenhague

Le 01 août 2013 par Marine Jobert
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Une affiche dénonçant l'échec des négociations après Copenhague.
Une affiche dénonçant l'échec des négociations après Copenhague.
DR

France 5 diffuse «La négociation: qui veut sauver le climat?», un documentaire dans lequel 160 étudiants de Sciences-Po endossent les rôles de ces délégations nationales qui ont échoué à trouver un accord lors du sommet pour le climat de Copenhague, en 2009. Sous des apparences d’exercice scolaire, quelque peu désincarné, l’expérience va se muer en une lutte idéologique sans concession. Et déboucher sur un accord prometteur, filmé par Laurent Salters et Vincent Gaullier.

Diffusion le samedi 10 août 2013 à 19 heures.

Au début, leurs propos sont grandiloquents, guindés et protocolaires. Ils disent des choses comme «chaque seconde que nous perdons en ralentissant les négociations va grossir les rangs des fatalistes et des sceptiques», ou encore «je veux croire que nous partageons cet idéal de préservation de notre planète. Je crois en une croissance durable et inclusive». Les mines sont graves, la raie sur le côté est impeccable; ils «jouent à». Les représentants de la délégation indienne sont affublés de chemises qui leur descendent au-dessus du genou et les représentants vénézuéliens portent des ponchos chamarrés. En tout, ils représentent 18 Etats (ils étaient 196 à Copenhague) dont ils mimeront les positions, avant de s’en affranchir.

 

Mais les clivages sont bien là, entre les pays de l’annexe 1 (les pays industrialisés) et ceux de l’annexe 3 (les «pays en voie de développement»), traversés d’antagonismes forts. Entre les deux, les «Aosis»[1], cette organisation intergouvernementale de 43 Etats côtiers ou insulaires que va représenter de façon très émouvante mais impitoyable la délégation des Maldives. Leur mission commune: se séparer après avoir adopté un texte qui permettra de contenir le réchauffement climatique à 2 degrés maximum à l’horizon 2050. Soit le même mandat que les vrais négociateurs en 2009. Dehors, de fausses ONG scandent des slogans appelant les Etats au sursaut climatique. Dedans, les égoïsmes nationaux ne vont pas tarder à faire voler en éclat les tirades policées et les conclaves polis des débuts.

 

Tout s’emballe quand la délégation indienne se livre à un calcul simple: quel est le pourcentage de réduction d’émission que devraient consentir les pays en voie de développement pour pouvoir espérer rester dans les clous climatiques? «Vous avez un coup de réalisme?», ironise le président de la conférence, pour désamorcer les schismes grandissants entre les négociateurs. «42% de réduction des émissions, ça veut dire des efforts que la population va être incapable de supporter, on va retourner dans la pauvreté et souffrir du changement climatique», plaide un représentant indien. «Le chiffre est intenable», lâche une autre, qui commence alors à marginaliser les Maldives au plan politique, faisant mine de considérer les Aosis comme des trouble-fête qui jetteraient le monde dans le chaos. «Il faut augmenter la température», tente-t-elle, avant de prendre une leçon de réalisme climatique: «L’Inde aussi va être extrêmement impactée. Vous serez incapables d’absorber de tels effets». Elle acquiesce, semblant convaincue, mais demande tout de même s’il n’y aurait pas une troisième voie… Quelqu’un évoque la possibilité de «muscler le statut de réfugié climatique, pour donner à ces personnes des territoires le plus proche possible de ceux qu’elles auront quittés». «Tu veux Israël partout dans le monde?», le rembarre une jeune femme. La négociation est bloquée. Certains pleurent, effondrés.

 

Il reste 6 heures pour sortir de l’impasse. «Dans 15 ans, nous ne serons plus là pour négocier», lâche, désabusé, l’un des représentants des Maldives. «Cela vous rendra peut-être service. En attendant, on est là», lance-t-il aux représentants des Etats, qui se réfugient dans des négociations a minima. «Nous sommes les Nations unies; des terres peuplées sont amenées à disparaître», rappelle le secrétaire de la Conférence. La situation se débloque enfin. Un texte en 51 points est adopté, article par article (contre une feuille de route de 3 pages à Copenhague). Une organisation mondiale de l’environnement est créée, qui sera financée par une taxe sur les transactions financières et prendra le relais des négociations climatiques. Un premier palier de réduction de 30% des émissions est adopté, à l’horizon 2035. Le statut de réfugié climatique est adopté, «qui vous servira malheureusement à tous», lâche amèrement le représentant des Maldives.

 

Les politologues, les sociologues et les historiens qui ont observé les étudiants depuis le début jubilent. Eux qui avaient peur qu’ils «restent dans des schémas préconçus», qu’ils soient happés «dans des processus d’interaction tellement complexes» qu’ils en seraient anesthésiants, les ont vus «s’écarter des positions officielles et bâtir l’accord qu’il faudrait adopter pour de vrai». Laurence Tubiana, membre de la délégation française à Copenhague, raconte que, lors de la vraie négociation, face à cette même question des réductions des émissions pour les pays en voie de développement, les réactions ont été identiques. «Le délégué chinois s’est assis sur sa chaise et a dit ’je ne peux pas‘», se souvient-elle. Les enseignants espèrent que cette reconstitution pourra permettre de trouver de nouvelles pistes pour ne pas retomber dans les mêmes travers lors des conférences climatiques à venir. Au-delà des arcanes manifestement pesants de ces sommets –vocabulaire, procédure, conciliabules entre initiés- c’est bien la question de la vision du monde présidant à ces rencontres qui semble obérer tout accord. Un des professeurs le résume très bien: «Ce qui est le plus difficile à changer, ce ne sont pas nos procédés techniques, mais nos sociétés et nos modes de pensée. Dans le fond, nous ne croyons pas au changement climatique. Les étudiants, eux, se sont mis à y croire».

 



[1] Pour Alliance des petits Etats insulaires.

 

 



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