Tchernobyl: une pollution radiologique continentale

Le 26 avril 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les retombées ont été très importantes en Europe orientale.
Les retombées ont été très importantes en Europe orientale.
IRSN

Dix jours durant, le réacteur accidenté a craché d’impressionnants volumes de particules radioactives. Portées par les vents, elles ont contaminé de nombreuses régions d’Europe. Revue de détail.

Les explosions survenues dans la nuit du 25 au 26 avril 1986 dans le réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl sont d’une extrême violence. Affichant ses 2.000 tonnes sur la balance, la dalle supérieure du réacteur est retournée comme une crêpe par le souffle. La toiture en tôle du bâtiment réacteur est soufflée. Sous l’effet des incendies qui se sont rapidement déclenchés, des quantités astronomiques de produits radioactifs sont éjectées dans l’atmosphère jusqu’au 5 mai.

«Au total, ce sont près de 12 milliards de milliards de becquerels qui, en 10 jours, partent dans l’environnement, soit 30.000 fois l’ensemble des rejets radioactifs atmosphériques émis en une année par les installations nucléaires alors en exploitation dans le monde», souligne l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) dans un rapport.

Infime coup de chance dans cet océan de malheur: plus des deux tiers de la radioactivité ainsi rejetée dans l’environnement est produite par des radioéléments à vie courte (tellures, iode 131[1], ruthénium 103, baryum 140). Les autres, dilués par les vents, voient leur concentration diminuer. «La concentration des éléments radioactifs dans l’air qui dépassait, le 26 avril, les 10 millions de becquerels par mètre cube (Bq/m3) autour du réacteur accidenté, diminue en s’éloignant et n’atteint au maximum que quelques dizaines de becquerels par mètre cube le 1er mai en France», précise l’IRSN.

Espagne et Portugal sont indemnes

Poussé par les vents, le ‘nuage’, essentiellement porteur de césium 137, s’étend d’abord jusqu’en Scandinavie. C’est d’ailleurs la Suède qui donnera l’alerte. Dès le 1er mai, deux vagues s’étendent, l’une vers l’ouest (elle touchera la France), l’autre dans la direction opposée, jusqu’en Russie centrale. A partir du 3 mai, la quasi-totalité de l’Europe est touchée, à l’exception notable de l’Espagne et du Portugal. En France, de faibles concentrations de césium ukrainien sont notables dès le 30 avril, dans l’est et le sud-est. Le lendemain, tout l’Hexagone est concerné.

Les dépôts de radioactivité au sol seront fonction de plusieurs facteurs: la concentration en radioéléments des nuages, la topographie[2], les précipitations. C’est parce qu’il a plu sur le massif que l’on trouve quelques points très fortement contaminés dans le Mercantour. La végétation joue un rôle non négligeable aussi. Les feuillages des arbres retiennent les poussières radioactives de l’air, contribuant à accroître la contamination de la litière et du sol.

800.000 hectares de terres agricoles interdites

Plus on s’éloigne de la centrale, plus la concentration va decrescendo. La zone la plus contaminée[3] se situe dans un rayon de 40 kilomètres au nord, à l’ouest et à l’est du réacteur. Essentiellement en territoire biélorusse, l’un des rares pays de la région à ne pas exploiter de centrale nucléaire! Pas toujours compris dans la zone d’exclusion (2.600 km2), ces territoires sont pollués au césium 137, au strontium 90, à l’américium 241 et aux plutoniums. Des radionucléides qui mettront des siècles (strontium et césium), voire des millénaires (plutonium et américium) à disparaître naturellement. Au total, plus de 5 millions de Biélorusses (surtout), d’Ukrainiens et de Russes vivent dans des territoires contaminés. Toute production a été interdite sur 800.000 hectares de terres agricoles. Et les bûcherons sont désormais non grata dans 700.000 ha de forêts.

En 2014, l’ACRO a lancé un projet européen de cartographie participative pour évaluer les restes de la contamination, trois décennies après l’accident. L’association a analysé des centaines d’échantillons de sol, de champignons et de denrées alimentaires. Conclusion sans surprise: on trouve encore du césium 137 dans les sols de certaines régions (les Alpes, par exemple), dans des champignons (attention aux pieds de mouton luxembourgeois). Plus inquiétante est la présence, toujours sensible, de radionucléides dans la viande de renne, très consommée en Scandinavie.

Hors de l’ancienne URSS, les zones les plus contaminées se trouvent en Scandinavie, (sud de la Finlande, partie centrale et orientale de la Suède, centre de la Norvège), en Europe centrale, notamment dans le sud de la Roumanie, à la frontière polono-tchèque, en Autriche, dans le nord de la Grèce, en Suisse, en Bavière et en Italie (région des lacs et massif des Dolomites). Au Royaume-Uni, plus de 400 élevages de moutons, du Pays de Galles et de Combrie, resteront sous étroite surveillance jusqu’en 2012! En France, les dépôts les plus importants se situent dans une bande située entre les Ardennes et la Corse. «Certains endroits reçoivent des dépôts dont l’activité dépasse 10.000 Bq/m2, voire localement, 20.000 Bq/m2. Les départements du nord-est, de Franche-Comté, du sud des Alpes et de la Corse sont les plus concernés», témoigne l’IRSN.

Lait et viande de bœuf

Les effets sanitaires de ces retombées varient du tout au tout. Dans les 150.000 km2 très contaminés, en Biélorussie, Ukraine et Russie, 6.848 cancers de la thyroïde ont été diagnostiqués chez des enfants âgés de moins de 18 ans en 1986. Ces cancers ont quasiment été tous soignés. Seuls 15 décès ont été observés jusqu’en 2005. Pour les enfants nés après 1986, aucune augmentation des cancers de la thyroïde n’est observée, le taux observé chez les enfants de moins de 10 ans étant de 2 à 4 cas par million et par année, comparable à ce qui était observé avant l’accident. Le choc de l’accident et le fait de vivre dans des zones contaminées affectent les populations. Des troubles psychologiques (stress, dépression, anxiété et symptômes physiques ne pouvant pas être médicalement expliqués) sont observés chez les personnes résidant dans les zones contaminées.

En France, les doses reçues par la population en 1986 sont principalement liées à l’ingestion d’aliments contaminés: lait et produits laitiers, légumes à feuilles et viande de bœuf. Par la suite, c’est l’exposition aux rayonnements émis par les dépôts qui contribue le plus aux contaminations. En 2000, une étude de l’IRSN et de l’Institut national de veille sanitaire (InVS) a estimé entre 7 et 55 le nombre théorique de cancers de la thyroïde en excès, susceptibles d’apparaître entre 1991 et 2015 parmi les 2,3 millions d’enfants de moins de 15 ans qui résidaient dans l’est de la France en 1986.

 



[1] La période radioactive d’un élément comme l’iode 131 est de 8 jours. Cela signifie qu’il perd la moitié de sa radioactivité durant ce laps de temps. En 80 jours, son activité diminue d’un facteur 1.000.

[2] Il pleut plus facilement en zones montagneuses qu’en plaine.

[3] où la contamination est continuellement supérieure à 1,4 MBq/m2. A ce niveau de contamination, la dose reçue est de 40 millisieverts/an.

 



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