Tchernobyl: pas d’incidence sur les cancers de la thyroïde

Le 20 avril 2005 par Ludivine Hamy
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tchernobyl
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Selon Yvon Grall, ancien chef du service de médecine nucléaire de l’hôpital Lariboisière, l’augmentation du nombre de cancers thyroïdiens détectés en France est sans rapport avec la contamination du territoire français suite à l’accident de Tchernobyl en 1986.

Le 30 avril 1986, le «nuage» radioactif en provenance de Tchernobyl pénétrait sur le territoire français, au sud-est et à l'est du pays. Immédiatement alertés, les pouvoirs publics ont tout de suite minimisé les risques de contamination, invoquant l'éloignement du lieu de l'accident et donc la forte dispersion dans l'espace des radio-nucléides. A l'approche du dix-neuvième anniversaire de la catastrophe nucléaire, la polémique lancée par l'Association française des malades de la thyroïde (AFMT) (1) et la Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité (Criirad) reprend de la vigueur. Ces organismes ont, en effet, déposé une plainte contre X estimant que la gestion des retombées radioactives de Tchernobyl par les autorités françaises (sous-évaluation de la contamination, absence de mesures de protection, défaut d'application des normes...) était à l'origine d'un surcroît de pathologies, en particulier de cancers de la thyroïde.

En réponse à cette accusation, le professeur Yvon Grall, soutenu par la Société française d'énergie nucléaire (Sfen) (2), affirme que la France est restée «100 à 1.000 fois en dessous des valeurs estimées en Ukraine et Bélarus dans les régions les plus contaminées, et vraiment dans le domaine des faibles doses.» Aujourd'hui, les cancers de la thyroïde représentent 1% des cancers français. Si l'augmentation de ce type de cancer en France est forte et constante (+ 7% par an) depuis 1975 (date des premières statistiques en la matière), en revanche, sa pente ne s'est pas modifiée depuis 1986. Les seuls individus susceptibles d'avoir été contaminés suite à l'accident sont les enfants de moins de 15 ans. En effet, chez l'adulte, la thyroïde, dont les cellules se multiplient peu, est particulièrement résistante à la radioactivité. Or une étude menée en Champagne-Ardenne montre que, dans cette région considérée comme l'une des plus contaminées de France, le nombre de cancers de la thyroïde apparaissant chez l'enfant n'a pas varié depuis vingt ans. Les chiffres sont donc contenus dans les variations statistiques «normales». Par ailleurs, Yvon Grall souligne qu'«on retrouve des courbes d'évolution des cancers thyroïdiens similaires aux Etats-Unis et au Canada, alors que ces pays ont été épargnés par l'accident». Par conséquent, la raison principale des nouveaux cas de cancers détectés en France serait, selon l'ancien chef de service, le progrès du dépistage. Il explique: «Autrefois, pour dépister un cancer, il fallait qu'il fasse à peu près un centimètre de diamètre, alors que l'échographie permet de le déceler maintenant à partir de deux millimètres.» Et de rajouter: «Il ne faut pas oublier que les causes des cancers de la thyroïde sont multiples et variées: l'hérédité, l'alimentation et l'environnement (pollution atmosphérique) jouent autant que l'irradiation.»

On notera toutefois qu'en l'absence de registre national des cancers en France, les analyses des experts ne se fondent que sur des études épidémiologiques parcellaires et régionales (Franche-Comté, Champagne-Ardenne). Les malades et les chercheurs, comme Yvon Grall, attendent donc toujours une grande enquête nationale qui permettrait de définir l'impact de Tchernobyl sur l'apparition des cancers thyroïdiens sur l'ensemble du territoire.

(1) Association française des malades de la thyroïde, 82700 Bourret, Contact: 05.34.661.163

(2) Société française d'énergie nucléaire – www.sfen.org

 




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