Tchernobyl: les polémiques commencent à enfler

Le 10 avril 2006 par Enerpresse
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

Il fallait s’y attendre. A mesure que s’approche la date anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, les experts se déchirent sur ses bilans radiologiques et sanitaires. Une affaire rendue difficile à suivre par le fait qu’elle intègre 2 débats distincts.

Le premier est né de la publication, le 5 septembre dernier, de 2 ébauches de rapports du Forum Tchernobyl (regroupement d'une centaine d'experts issus de l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO), du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), de l'Organisation mondiale pour la santé (OMS), du Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue), du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), du Comité scientifique des Nations unies pour l'étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR), de la Banque mondiale et d'institutions russes, biélorusses et ukrainiennes) sur les conséquences environnementales et sanitaires de l'accident. Dans la partie consacrée aux effets sur la santé (Health effects of the Chernobyl accident and special health care programmes), le document estime, de manière non définitive, à 4.000 le nombre de décès qui pourront être attribués, sans discussion possible, au relâchement de radioéléments consécutifs à l'explosion de la tranche 4 de la centrale ukrainienne.

Un bilan provisoire critiqué tant par des associations que par d'autres scientifiques. Selon Viatchelsav Grichine, de l'Union Tchernobyl, une association regroupant d'anciens liquidateurs russes, les radiations ont déjà tué 25.000 anciens sauveteurs et en ont handicapé 70.000 autres. Des chiffres pas très éloignés (30.000 à60.000) de ceux mis en avant, ces jours-ci, par l'étude Torch (The other report on Chernobyl) réalisée par les spécialistes britanniques Ian Fairlie et David Sumner, pour le compte du groupe des Eurodéputés verts. Un ordre de grandeur que pourrait confirmer une étude du Centre international de recherche sur le cancer (Circ) de Lyon, à paraître le 24 avril. Autant d'estimations qui font s'indigner Leonid Bolchov. Si l'on en croit ce directeur d'un institut de l'énergie atomique à l'Académie des sciences russe, le bilan «scientifiquement prouvé» s'établit à 47 secouristes tués et à 9 enfants décédés des suites d'un cancer de la thyroïde. La discussion sera, peut-être, arbitrée par la publication des rapports définitifs du Forum Tchernobyl.

Le second débat est plus franco-français et porte sur l'attitude des institutions françaises dans les jours et les semaines ayant suivi l'accident. Interpellé depuis des années sur ses cartes de contamination, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN, ex-IPSN) a justifié son attitude. Dans un rapport, publié le 5 avril, son conseil scientifique explique que de tels documents ne peuvent pas être améliorés. «La reconstitution de la contamination due à l'accident de Tchernobyl a atteint ses limites». «La faiblesse des données, la complexité et la variabilités des mécanismes qui concourent au dépôt rendent injustifiée la poursuite d'efforts tournés vers la reconstitution du passé», estime le comité. Cette position n'est pas du goût de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD). Estimant que la qualité de son travail est mise en cause par le comité scientifique de l'IRSN, l'association exige que l'institution publique «étaye ses accusations, documents et chiffres à l'appui.» Une passe d'arme qui se déroule 4 mois après qu'un rapport d'expertise, transmis à la juge d'instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy, a mis en cause la qualité des informations transmises, en 1986, aux autorités politiques par l'ancien Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI).




A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus