Tchernobyl: les écosystèmes paient le prix fort

Le 26 avril 2016 par Romain Loury
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Résineux irradié à Tchernobyl.
Résineux irradié à Tchernobyl.
VLDT

Non, la zone d’exclusion de Tchernobyl, désertée suite à l’accident nucléaire d’avril 1986, n’est pas le paradis que l’on décrit parfois. Si la nature y a un peu repris ses droits, les stigmates de la radioactivité y sont réels, mais encore peu étudiés.

Couvrant environ 2.600 kilomètres carrés, la zone d’exclusion de Tchernobyl a été évacuée suite à l’accident nucléaire du 26 avril 1986, seuls quelques centaines de résidents illégaux, les ‘samosely’, y demeurant encore. En 30 ans, la forêt a rapidement fait son retour: de 53% de la surface avant l’accident, elle recouvre désormais 70% de la zone.

Pourtant, la nature paraît fortement perturbée par l’irradiation ambiante, comme l’ont révélé les rares travaux menés à ce sujet à Tchernobyl et à Fukushima. Parmi leurs principaux auteurs, Anders Møller, du laboratoire ‘Ecologie, systématique, évolution’ (CNRS, université Paris-Sud), et son comparse Timothy Mousseau de l’université de Caroline du Sud (Etats-Unis), ont étudié une gamme étendue d’êtres vivants, «aussi bien les bactéries et les champignons, que les mammifères, les oiseaux, les insectes et les araignées», rappelle le premier.

Fréquence élevée de cancers chez les animaux

Constat général, une hausse du taux de mutation, d’un facteur 2 à 20. Ce qui explique la fréquence élevée de cas de maladies d’origine mutationnelle dans la faune, dont les cancers. Conséquence directe, les comptages révèlent une moindre abondance d’individus dans les zones les plus contaminées. Ce qui s’explique par une survie en baisse, mais aussi un moindre taux de reproduction.

Chez les oiseaux, les chercheurs ont même montré une baisse de la taille du cerveau, d’environ 5% chez les individus vivant dans les sites les plus contaminés, rappelle Anders Møller. Rien d’étonnant à cela: chez l’homme, d’autres études menées dans des pays proches (Suède, Norvège, Biélorussie) ont suggéré des effets chez les enfants et adolescents, tels que moindre réussite scolaire, moindre quotient intellectuel (QI) et même des cas de microcéphalie.

Les arbres poussent moins vite

Anders Møller a également trouvé des effets sur la flore, dont les arbres chez qui la croissance est ralentie dans les zones les plus contaminées. La litière semble aussi s’y décomposer deux fois plus lentement, probablement du fait d’une moindre abondance en vers de terre, explique le chercheur.

Avec ses collègues, Anders Møller s’est attelé à l’analyse de la présence des mammifères, en installant des caméras-pièges à Tchernobyl et Fukushima. Selon de précédentes analyses des traces dans la neige, leur abondance semble, comme pour les oiseaux, en chute dans les zones les plus contaminées.

La nature de Tchernobyl est donc bien loin de l’image idyllique parfois présentée, celle d’une nature triomphante. Dans des travaux à paraître, en collaboration avec l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), Anders Møller montre qu’il est possible, à Fukushima, de distinguer les effets liés à l’absence de l’homme et ceux dus à l’irradiation. Et ce sont ces derniers qui l’emportent.

La nature se remettra-t-elle de ces deux accidents nucléaires? Difficile de dire quand, mais de premiers indices suggèrent que la situation s’est un peu améliorée, au moins pour les plantes, à Tchernobyl. «Les effets sur les plantes sont beaucoup moins forts à Tchernobyl qu’à Fukushima, avec moins de pollen non viable: à Tchernobyl, les individus de plantes qui restent sont ceux qui ont résisté», explique Anders Møller. Signe que la sélection naturelle commence tout juste à reprendre ses droits.



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