Tchernobyl, Fukushima: survivre, puis revivre

Le 27 avril 2016 par Romain Loury
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Réapprendre à cultiver.
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Bellota Film

Biélorusses, Samis de Norvège, Japonais: comment vit-on au quotidien dans une zone contaminée par la radioactivité? Tel est l’objet d’un documentaire[i] poignant, «Tchernobyl, Fukushima, vivre avec», diffusé mardi 26 avril sur la chaîne Arte à l’occasion du 30e anniversaire de l’accident de Tchernobyl.



[i] « Tchernobyl, Fukushima, vivre avec », documentaire d’Olivier Julien, France, 2016, 1h30. Arte, mardi 26 avril, 20h55.

 

 

A l’exception de quelques centaines de ‘samosely’, ce sont 250.000 personnes qui ont quitté la zone d’exclusion, à 30 kilomètres autour de Tchernobyl, contaminée à plus de 40 milliCurie (mCi). Mais quid des personnes qui sont restées dans les 120.000 km2 de terres présentant une contamination intermédiaire, entre 1 et 40 mCi?

Tel est l’objet du documentaire d’Olivier Julien, tourné en Biélorussie, chez les Samis de Norvège et au Japon, où 170.000 personnes ont été évacuées des alentours de la centrale de Fukushima-Daiichi, après l’accident du 11 mars 2011. Dans ces trois situations, le reportage montre la peur diffuse des premiers temps, parfois l’espoir de revenir vivre dans son ancien chez-soi, et au final une prise en main du problème.

«la dimension humaine n’a pas été prise en compte»

Autant de questions souvent étouffées sous les aspects techniques: pour le vice-président de la Commission internationale de protection radiologique (CIPR), Jacques Lochard, «la dimension humaine d’une catastrophe nucléaire est énorme. Elle n’a pas suffisamment été prise en compte, même après Tchernobyl, cela a été mis de côté. Il y a focalisation sur le sanitaire, mais nous n’avons pas pris la mesure de l’impact sur la société».

Première dans l’histoire de l’humanité, l’accident de Tchernobyl a été vécu comme «une menace incompréhensible, omniprésente et invisible», rappelle Olivier Julien. Parmi les riverains, nul ne savait en quoi consistait la radioactivité: «On l’imaginait comme une maladie, des gaz qui passaient et s’étaient déposés sur notre village et avaient tout recouvert. Je me la représentais comme quand on pulvérise des produits pour les doryphores sur les pommes de terre», confie Anna Dulskaya, habitante du village biélorusse d’Olmany.

Une lente maîtrise du risque

Pendant 10 ans, c’est l’incompréhension du danger qui domine, attisée par le manque d’information. Face à une menace invisible, les consignes officielles, dont les nombreuses interdictions de consommation, ont peu de prise sur les habitants, nombreux à les enfreindre.

Ce n’est qu’au milieu des années 1990, avec l’arrivée des premiers compteurs, que la population reprend enfin la main sur la situation, parvenant à distinguer, au sein des villages, les zones surchargées de radioactivité de celles relativement épargnées. Des informations cruciales dans cette zone à forte activité agricole.

dompter son environnement

Mêmes effets, mêmes conséquences à Fukushima: après le flottement des premiers temps, les habitants des zones contaminées sont parvenus à dompter leur environnement, en le cartographiant à une échelle plus fine que les mesures officielles.

«En faisant les mesures de la radioactivité, je me suis dit qu’elle n’était pas si dangereuse que cela, explique Shinya Endo, habitant du village de Suetsugi. Le fait de mesurer et de créer cette carte me permettait de voir l’empreinte des fantômes, où se trouvaient les fantômes redoutables, les fantômes faibles, les ennemis puissants et les ennemis difficiles à combattre.»

Le documentaire finit sur une note optimiste, celle d’habitants qui ont graduellement appris à vivre avec cette radioactivité, et à adopter les gestes au quotidien pour s’en protéger au mieux. Un optimisme teinté de fatalisme, que résument les propos d’Eva Wilks, éleveuse samie de rennes: «La question n’est pas de savoir s’il va se produire un autre accident, mais quand. Mais la prochaine fois, nous en saurons beaucoup plus».



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