Tchernobyl, Fukushima: l’IRSN critique les mesures d’exposition chronique

Le 05 novembre 2014 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Bisbille sur les mesures d'exposition chronique
Bisbille sur les mesures d'exposition chronique
DR

Dans une note d’information publiée fin octobre, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) critique les estimations dosimétriques pour l’exposition chronique de la faune aux faibles doses radioactives, suite aux accidents de Tchernobyl (1986) et de Fukushima (2011). Particulièrement visés, les travaux d’Anders Møller, du laboratoire «Ecologie, systématique, évolution» à l’université Paris-Sud.

Incontournable, Anders Møller est l’auteur de «deux tiers des travaux» publiés sur le sujet selon l’IRSN, s’intéressant aussi bien à Tchernobyl qu’à Fukushima. Et ce à raison de «plusieurs semaines par an» sur le terrain, rappelle le chercheur, contacté par le JDLE. Ses publications révèlent l’effet délétère de cette exposition chronique, notamment une baisse de la biodiversité, une diminution de la fertilité ainsi que de la taille du cerveau chez les oiseaux.

Dans sa note publiée le 28 octobre, l’IRSN se montre très critique quant à ces travaux d’exposition chronique, ceux d’Anders Møller ou d’autres chercheurs [1]. En cause, la manière dont sont conduites les estimations dosimétriques, «point faible pour établir des conclusions robustes». Selon l’IRSN, la plupart de ces études ne tiennent compte que du débit de dose externe, mesuré à l’aide d’un radiamètre portatif.

Le débit de dose interne, à savoir la radioactivité qui émane des radionucléides absorbés par l’animal (respiration, alimentation, absorption par la peau, transfert maternofœtal, etc.), n’est que rarement pris en compte. Or seule la dose totale (interne + externe) reflète l’exposition de l’individu. Difficulté supplémentaire selon l’IRSN, cette dose totale varie d’une espèce à l’autre, mais aussi chez un même individu selon son stade de vie.

L’IRSN pointe aussi l’hétérogénéité, «en qualité et en quantité», des dépôts radioactifs sur un même territoire. Un point particulièrement important pour les espèces ayant une grande aire de vie, et encore plus pour les espèces migratrices.

Des critiques balayées par le chercheur

Contacté par le JDLE, Anders Møller ne mâche pas ses mots face à ces critiques. Au-delà des questions strictement liées à la radioactivité, «l’IRSN a une très faible connaissance écologique», dénonce-t-il. Interrogé sur la question dose interne/dose externe, il rétorque avoir démontré, chez des oiseaux capturés, une très forte corrélation entre les deux indices, après avoir mesuré la dose interne par comptage radioactif d’oiseaux enfermés dans des compartiments en plomb.

«Les deux variables mesurent les mêmes choses», poursuit le chercheur, qui évoque une corrélation de l’ordre de 75%. Quant à la possibilité d’erreurs liées au caractère migrateur de certains oiseaux, Anders Møller rappelle que «même si les oiseaux se déplacent, ils sont très fidèles et reviennent toujours au même site».

Interrogée par le JDLE, Jacqueline Garnier-Laplace, responsable du service de recherche et d’expertise sur les risques environnementaux à l’IRSN, affirme que la prise en compte de la seule dose externe peut, selon l’espèce étudiée, sous-évaluer fortement l’exposition réelle. «Les effets biologiques qui sont rapportés dans les publications sont mis en relation avec des doses bien en deçà de la réalité, de manière non cohérente avec l’état de l’art du domaine», explique-t-elle.

Si les méthodes employées ne «sont pas robustes en matière de dosimétrie», elle reconnaît que les travaux d’Anders Møller constituent «une mine d’informations précieuses» en tant qu’études écologiques. Une «mine» que l’IRSN aimerait bien creuser à son tour: selon Jacqueline Garnier-Laplace, l’institut (ainsi que d’autres équipes avant lui) aurait demandé au chercheur l’accès aux données brutes de sa publication de mai, afin d'y effectuer ses propres calculs, sans réponse pour l’instant.

Quant à Anders Møller, il affirme au contraire avoir plusieurs fois proposé des collaborations à l’institut, des demandes restées lettres mortes –mais que nie l’IRSN. «Ce sont les seuls cas où j’ai fait une telle expérience, ce n’est pas une manière normale de fonctionner dans le domaine de la recherche: mais s’ils ne veulent pas, je peux continuer à faire de la recherche sans leur collaboration», conclut le chercheur.

[1] Jacqueline Garnier-Laplace, responsable du service de recherche et d’expertise sur les risques environnementaux à l’IRSN, explique que la publication de cet avis fait suite à une étude publiée en mai par l’équipe d’Anders Møller. Lors de ces travaux, les chercheurs ont mis en évidence un phénomène d’adaptation des oiseaux de Tchernobyl aux radiations ionisantes, qui a suscité quelques réactions sceptiques dans la communauté scientifique.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus