Taxonomiste, un métier en voie de disparition ?

Le 16 mars 2011 par Geneviève De Lacour
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Selon un article publié le 14 mars dans The Independent, les taxonomistes ne seraient plus que 500 au Royaume-Uni. Or, selon les scientifiques, plus de cinq millions d’espèces restent à décrire. Un travail colossal qui devrait prendre 360 ans si le nombre de taxonomistes n’augmente pas…

Selon une étude brésilienne publiée dans la revue «Trends in Ecology and Evolution», 1.424.153 espèces ont été décrites jusqu’à présent, dont 61.995 vertébrés et plus d’un million d’insectes. Cette étude montre également qu’en moyenne, un chercheur décrit 24,8 nouvelles espèces au cours de sa carrière. Enfin, le coût pour décrire les 5.426.075 espèces restant à décrire est estimé à 263 milliards de dollars (189,3 milliards d’euros).

Or le rôle des taxonomistes est primordial en science. Non seulement ces scientifiques décrivent les espèces mais aussi leur mode de vie, et la manière dont elles interagissent avec leur environnement. Ils facilitent la compréhension du rôle fonctionnel de la biodiversité et aident au diagnostic des pestes exotiques et autres maladies.

«Le déclin de cette discipline dans les universités britanniques est extrêmement préoccupant. Plus personne ne forme les nouvelles générations. Des compétences sont perdues. Or les taxonomistes sont nécessaires pour connaître l’impact des changements climatiques sur la biodiversité comme le rôle de la pollinisation par exemple, pour fournir une recherche de très haute qualité et pour satisfaire les demandes de l’industrie. Nous sommes inquiets que les taxonomistes ne soient pas pris au sérieux. Nous estimons qu’il n’en reste que 500 au Royaume-Uni et le manque de savoir en matière d’espèces végétales et animales demeure significatif», déclare le professeur Geoff Boxhall, zoologiste au Muséum d’histoire naturelle de Londres.

Le professeur qui a mené l’investigation au Royaume-Uni s’apprête à publier sur la fragilité de la profession un rapport alarmant, dans lequel il demande un effort d’investissement.

Le constat est identique en France. «Dans les pays développés, mais également en France, le nombre de systématiciens a diminué depuis 50 ans. Avec la crise environnementale annoncée, beaucoup d’espèces auront disparu d’ici la fin du siècle. Il est donc devenu urgent de documenter les 80% d’espèces restantes à décrire», explique Philippe Bouchet, taxonomiste et professeur au Muséum d’histoire naturelle de Paris. «Le nombre de spécialistes a augmenté dans des pays scientifiquement ‘jeunes’ comme le Brésil, Taïwan, la Corée ou Singapour. Or en parallèle, le besoin d’expertise a explosé avec la reprise des grands programmes d’exploration de la biodiversité», précise Philipe Bouchet.

«Avec la révolution moléculaire, la taxonomie, tout comme la zoologie et la botanique, ont été perçus comme étant des disciplines du XIXe siècle. Or ces deux techniques, moléculaires et systémiques, sont complémentaires», résume le chargé de programme des grandes expéditions naturalistes au Muséum.

 

 



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