Taxes anti-obésité: efficaces au-dessus de 20%

Le 23 mai 2012 par Romain Loury
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Taxer,oui, mais significativement.
Taxer,oui, mais significativement.

Toute taxe sanitaire sur les aliments, qu’elle porte sur les graisses ou les sodas, devrait être d’au moins 20% pour avoir un effet sur l’obésité, considèrent des chercheurs britanniques dans le British Medical Journal (BMJ).

En place depuis le 1er janvier en France, la taxe sodas, présentée comme mesure anti-obésité, s’élève à 7,16 euros par hectolitre. Soit 2,5 centimes par cannette de soda ou 10,5 centimes par bouteille de 1,5 litre, ce qui revient à environ 8% du prix total.

Malgré la vive opposition qu’elle a suscitée chez les industriels, cette taxe pourrait être d’un impact sanitaire limité, estiment trois chercheurs de l’université d’Oxford, dont le directeur du département de santé publique, Mike Rayner. Ce genre de taxe «devrait être d’au moins 20% pour entraîner un effet significatif sur l’obésité et les maladies cardiovasculaires», jugent-ils.

A l’origine de cette estimation, plusieurs travaux, dont certains menés outre-Atlantique sur des taxes équivalentes: une quarantaine d’Etats américains disposent en effet de taxes sodas, comprises entre 1% et 8%. Leur produit est affecté de diverses manières, du financement d’une fondation médicale en Arkansas au recyclage des déchets en Virginie (voir le JDLE).

Or pour des taxes aussi basses, aucune étude n’a montré à ce jour de corrélation entre leur montant et le taux d’obésité. Une taxe d’au moins 20% pourrait en revanche abaisser ce taux de 3,5%, selon une étude de modélisation. L’impact sur les ventes de sodas serait radical: lors d’une expérience menée en 2010 dans la cantine d’un hôpital bostonien, une hausse de 35% du prix a fait baisser leur consommation de 26%.

D’autres types de taxes sont en place ailleurs: après celle sur les produits trop salés ou trop sucrés instaurée en septembre 2011 par la Hongrie, le Danemark en a créé une s’appliquant aux aliments contenant plus de 2,3% d’acides gras saturés. Son montant grimperait jusqu’à 20% sur les produits aux teneurs les plus élevées, comme le beurre.

Alors que d’autres pays (Irlande, Royaume-Uni, etc.) envisagent d’en faire autant, des voix s’élèvent pour rappeler que ces taxes frappent plus durement les plus pauvres. Pour les chercheurs, c’est justement là une chance de réduire les inégalités sociales en santé: les personnes de faible revenu mangent en général moins équilibré, c’est donc sur elles qu’une taxe sera le plus efficace.

«Dans l’idéal», il faudrait aussi mettre en place des incitations à l’achat de produits sains, tels les fruits et légumes, ce qui permettrait de «maximiser les gains de santé» d’une taxe, concluent les auteurs.



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