Taxe carbone: la concertation est lancée

Le 08 février 2010 par Sabine Casalonga
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Le gouvernement a publié vendredi 5 février un document de concertation pour appliquer la taxe carbone aux entreprises soumises aux quotas de CO2. Plusieurs pistes sont avancées dont un système de taxe dégressif fonction de la valeur ajoutée. La concertation démarre aujourd’hui.

Annoncée le 20 janvier en Conseil des ministres (1), la concertation avec les entreprises, les partenaires sociaux, les associations et les élus a pour but de répondre à la censure de la taxe par le Conseil constitutionnel en décembre dernier. Les Sages s’étaient opposés à l’exemption des industries les plus polluantes soumises au marché européen du carbone (ETS), mais qui reçoivent des quotas de CO2 gratuits jusqu’en 2013 (2).

Le document mis en ligne par le Meeddm indique qu’une contribution carbone sera appliquée jusqu’au 1er janvier 2013 aux installations soumises aux quotas –2012 pour le secteur aérien, soumis à l’ETS à cette date (3). Toutefois, des dispositifs pour certains secteurs sensibles seront mis en place afin de préserver leur compétitivité. D’après le rapport, une taxe de 17 euros par tonne de CO2 (€/tCO2) représenterait en moyenne 0,7% de la valeur ajoutée (VA) des industries manufacturières. Cette part est bien plus importante pour certains secteurs: jusqu’à 15,4% pour les producteurs d’engrais et 10,4% pour la sidérurgie. Plus de 40 sous-secteurs devraient payer un montant de taxe équivalent à plus de 1% de leur VA.

Première option envisagée: un taux réduit pour les entreprises les plus exposées à la concurrence internationale et sous forte contrainte énergétique. D’après Les Echos du 5 février, le ministre de l’écologie Jean-Louis Borloo défendrait une taxe de 10% au-delà de 0,6% de VA, de 20% au-delà de 0,2%, et intégrale en deçà. Bercy plaiderait en revanche pour une taxe de 20%, plafonnée à 0,5 % de la valeur ajoutée. Ces chiffres ne figurent pas dans le document de concertation. Deuxième option: un principe de bonus-malus avec une restitution forfaitaire, visant à favoriser les entreprises les plus performantes, sur le modèle d’un dispositif proposé au Royaume-Uni.

En outre, en cas d’épuisement des quotas alloués gratuitement, et pour prévenir un système de «double peine», le rapport avance l’idée de déduire le montant de la taxe carbone de l’achat des quotas par les entreprises concernées.
Trois secteurs font l’objet d’un traitement spécifique. Le secteur aérien pourrait payer la taxe à 100% pour les vols intérieurs, mais le montant global estimé à 33 millions € pourrait être compensé par une baisse de charges à «due concurrence» pesant sur le secteur. Si les électricités nucléaire et renouvelable demeurent exemptées, les centrales thermiques (charbon, fioul, gaz naturel) devraient désormais être taxées, mais à un taux réduit, peut-être de 80% en 2010, à réévaluer en 2011 et 2012, comme suggère le rapport, afin d’éviter de pénaliser les entreprises nationales ou la délocalisation de la production. Le chauffage urbain se verrait assujetti à une taxe de 17 €.

Le gouvernement rappelle enfin qu’il défendra la mise en place d’une contribution carbone ainsi que d’un système d’inclusion carbone à l’échelle européenne, afin de limiter le risque de fuites de carbone (4). Comme annoncé le 20 janvier, le futur dispositif maintient le tarif de 17 €/tCO2, la compensation pour les ménages ainsi que les taxations partielles transitoires pour l’agriculture, la pêche et le transport de marchandises. La nouvelle taxe carbone sera soumise au Parlement, pour une entrée en vigueur le 1er juillet 2010.

Pour Arnaud Gossement, porte-parole du Réseau environnement & droit (RED), le gouvernement a préféré «replâtrer» plutôt que «réformer» la taxe carbone. «Le projet du gouvernement se caractérise davantage par la recherche d’une compensation intégrale de l'extension de la taxe carbone que par l’étude du bénéfice environnemental du nouveau mécanisme». Le RED déplore que la mesure soit centrée sur la problématique du carbone et non sur celle de la baisse des consommations d’énergie. Les autres limites, selon le RED, tiennent à «la complexité du dispositif, à son manque de lisibilité, au maintien d’exemptions et à l’absence de progressivité du taux».


(1) Dans le JDLE «Une concertation en février pour définir la «nouvelle» taxe carbone»
(2) Dans le JDLE «La ‘nouvelle’ taxe carbone ne sera pas plus ambitieuse»
(3) Dans le JDLE «Adoption définitive de la directive intégrant l'aviation dans l’ETS»
(4) Dans le JDLE «Une rustine européenne pour colmater les fuites de carbone»



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