Tanzanie: l’accaparement des terres recule

Le 10 janvier 2013 par Marine Jobert
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L'accaparemment des terres est un enjeu central pour les populations locales et leur subsistance.
L'accaparemment des terres est un enjeu central pour les populations locales et leur subsistance.
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Restreindre la taille des terres agricoles qui peuvent être cédées. C’est ce que vient de décider le gouvernement tanzanien, prenant le contre-pied de sa politique agricole, résolument orientée depuis quelques années vers les multinationales des biocarburants.

La pression internationale –notamment d’ONG anglo-saxonnes comme Oakland Institute ou du rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter-, ainsi que la colère populaire ont eu raison d’une politique agricole qui revenait, pour les plus puissants, à accaparer les terres au détriment des paysans. Depuis le début de l’année, un investisseur ne pourra pas acheter plus de 5.000 hectares pour le riz et 10.000 ha pour le sucre (qui peut être utilisé pour produire des biocarburants).

«C’est une décision très originale et novatrice», estime Christian Berdot, des Amis de la terre France, qui constate que la tendance internationale est plutôt à assouplir les règles foncières au profit des investisseurs étrangers. «Rien n’empêche un investisseur d’avoir plusieurs filiales, note Christian Berdot, Mais c’est incontestablement un signal positif qui est envoyé ici.»

Depuis quelques années, la Tanzanie a encouragé les opérations foncières d’importance. Dans un rapport paru en décembre 2010 –«Money doesn’t grow on trees»- l’association Les Amis de la terre International énumère les exemples d’investissements pharaoniques, et souvent malheureux, engagés par des multinationales des biocarburants. En septembre 2007, la compagnie suédoise BioMassive AS signait un bail de 66 ans pour 55.000 ha à planter en jatropha. Même chose pour les Néerlandais de BioShape, qui faisait affaire avec Dodoma en signant un bail de 50 ans pour une superficie de 81.000 ha. Les investissements de l’Américain AgriSol Energy sont accusés, selon un rapport publié par l’Oakland Institue, d’avoir conduit au déplacement de plus de 160.000 réfugiés burundais présents sur le territoire tanzanien.

Les litiges se sont multipliés dans le pays, rapporte l’institut tanzanien de recherche sur les droits fonciers et les ressources (Larrri). «Les conflits fonciers opposants de pauvres villageois aux puissants investisseurs font actuellement plus de 1.000 incidents signalés. Il y a en moyenne 5 litiges fonciers par jour dans le pays et 3 d’entre eux impliquent de puissants investisseurs», explique Yefred Myenzi, le directeur exécutif de Larrri.

Très dépendant d’une agriculture de subsistance -les paysans tanzaniens produisent plus de 90% des vivres du pays- le pays reste peu développé au plan agricole, puisqu’environ un quart des terres arables sont aujourd’hui cultivées (9,1 millions sur 44 Mha). Seuls 0,02% des 42 millions de Tanzaniens possèdent un titre de propriété foncière; le droit coutumier domine.

 



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