Talc à l'amiante: J&J cesse la commercialisation nord-américaine

Le 08 juin 2020 par Romain Loury
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Des fibres d'amiante détectées dans du talc
Des fibres d'amiante détectées dans du talc

Le laboratoire pharmaceutique Johnson & Johnson a annoncé le 19 mai qu'il cessait la commercialisation de son talc, accusé de contenir de l’amiante, sur le marché nord-américain. Or le produit reste disponible dans d'autres pays, déplore l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (Andeva), qui dénonce une «infamie».

En juillet 2018, Johnson & Johnson, géant pharmaceutique américain, avait été condamné à verser 4,69 milliards de dollars à 22 plaignantes atteintes d’un cancer ovarien. Si plusieurs de ces décisions ont été cassées en appel, le laboratoire fait face, outre-Atlantique, à près de 19.400 plaintes.

En cause, la présence supposée d’amiante dans son talc «Baby Powder» qui, bien que présenté comme produit de toilette des bébés, est majoritairement utilisé par des femmes pour leur hygiène intime. Si Johnson & Johnson conteste la présence d’amiante dans son talc, la Food and Drug Administration (FDA) a découvert des traces d’amiante chrysotile, d’origine chinoise, dans des lots du produit.

Face à ce barrage judiciaire, Johnson & Johnson a décidé de jeter l’éponge, annonçant le 19 mai qu’il cessait la commercialisation de son produit aux Etats-Unis et au Canada, où les ventes se sont effondrées -également en raison de changements d'habitude de consommation, indique J&J. Au-delà de l’Amérique du Nord, le Baby Powder «continuera à être vendu sur d’autres marchés à travers le monde, où la demande des consommateurs est suffisamment élevée», ajoute le laboratoire, qui assure que son produit est victime de «désinformation».

L’Andeva dénonce le «cynisme» de J&J

Pour l’Andeva, qui indique avoir saisi le ministère de la santé, «cette annonce est une infamie. Comme si la vie d’un Asiatique, d’un Latino-américain ou d’un Européen avait moins de prix que celle d’un Nord-Américain. Elle est d’autant plus inacceptable que des produits de substitution, tels que par exemple des poudres à base d’amidon de maïs, existent depuis longtemps [le Baby Powder existe aussi dans cette version, ndlr]».

«Face à tant de cynisme, les Etats doivent réagir. Ils n’ont aucune raison d’accepter d’importer des produits retirés du marché en Amérique du Nord. Ils doivent refuser ce double standard et protéger leurs citoyens», estime l’association.

En France, le produit demeure peu connu du grand public:  il n’y est commercialisé «par aucune entité du groupe Johnson & Johnson. Cependant, ce produit peut être disponible sur le marché en France, par le biais d’importations effectuées par des tiers», explique l’entreprise.

Dans un avis publié en avril 2012, l'Anses[i] avait évoqué la possibilité d’une contamination du talc par des fibres d’amiante. Pour prévenir ce risque, l’agence recommandait de cartographier les gisements de talc, de rechercher par microscopie électronique la présence de fibres dans les produits contenant du talc avant leur mise sur le marché, ainsi que d’assurer la protection des salariés exposés au talc en milieu professionnel.



[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail