Surveillance mondiale de la grippe: peut (beaucoup) mieux faire

Le 04 avril 2012 par Romain Loury
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Renforcer la surveillance des canards.
Renforcer la surveillance des canards.

La surveillance du virus grippal est très largement insuffisante dans le monde, particulièrement dans les pays les plus à risque de devenir des foyers épidémiques, selon un article publié dans la revue Nature.

«La surveillance mondiale des virus de la grippe chez l’animal est cruciale non seulement pour identifier les menaces de pandémie, mais aussi pour dépister les épidémies émergentes, surveiller l’évolution des virus, comprendre les facteurs de dispersion, garder à jour les vaccins animaux et les tests de diagnostic», explique Declan Butler, auteur de l’article.

Et pourtant cette veille épidémiologique fait largement défaut, selon une analyse des échantillons viraux séquencés ces dernières années. Après un pic en 2007 –année où le virus H5N1 débarquait sur le continent américain-, le nombre de prélèvements sur la volaille n’a cessé de diminuer: en 2011, il n’atteignait même pas 10% du niveau de 2007. En cause, le manque de financement et une réticence des chercheurs à partager leurs séquences avant publication.

Plus inquiétant, la plupart des analyses sont menées par une «poignée» de pays, rarement les plus à risque de devenir des foyers pandémiques. Parmi les 39 pays comptant plus de 100 millions de volailles en 2010, seuls 7 ont prélevé plus de 1.000 échantillons entre 2003 et 2011. Huit pays n’en ont même effectué aucun: l’Algérie, le Brésil, la Colombie, l’Equateur, le Maroc, la République dominicaine, les Philippines et le Venezuela [1].

Souvent mal dotés en services vétérinaires, ces pays réunissent toutes les conditions pour qu’émerge un virus dangereux pour l’homme: fermes attenantes au domicile, élevages mixtes de volailles et de porcs, proximité de canards sauvages ou d’autres réservoirs viraux.

Si la surveillance y est faible, c’est qu’elle est économiquement peu rentable: les éleveurs sont rarement dédommagés pour leurs animaux abattus. Et au niveau national, une absence de cas déclarés permet de se déclarer exempt de la maladie et d’éviter ainsi les freins commerciaux.

Pour les experts de la grippe, il s’agit de créer «un réseau de sites sentinelles, concentrés sur les pays et les régions les plus à risque, qui prélèverait et séquencerait des échantillons en temps réel», poursuit Declan Butler. Nul doute qu’un tel système serait moins coûteux que celui actuellement en place, «fragmenté et sans coordination», commente Jeremy Farrar, spécialiste de la grippe basé à Ho-Chi-Minh Ville (Vietnam).

Trois instances internationales sont impliquées dans la surveillance mondiale de la grippe: l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui anime un réseau de laboratoires de suivi de la grippe humaine et de sélection des futures souches vaccinales; l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), axée sur la sécurité alimentaire; l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), qui s’occupe de l’état sanitaire des animaux et du commerce.

[1] La recherche est encore plus chétive en ce qui concerne le porc: aucun prélèvement dans un tiers des pays en ayant plus de 4 millions.

 



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