Sûreté nucléaire: une année qui dérange

Le 25 juillet 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le radon est un problème d'avenir et qui le restera.
Le radon est un problème d'avenir et qui le restera.
IRSN

Contrairement à ce qu’annonce l’ASN dans son rapport annuel, paru mi-juillet, l’année 2016 n’est pas satisfaisante. De nombreux problèmes de fond restent sans solution. Et pour longtemps, sans doute.

 

Comme une impression de déjà lu. Dans l’éditorial de son volumineux rapport annuel sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection, le gendarme du nucléaire tricolore (l’ASN) se veut rassurant: «une année 2016 globalement satisfaisante». Même si le contexte reste «préoccupant». Comme en 2015, noteront les aficionados.

Guère flatteur pour l’industrie

Globalement satisfaisante, alors que l’on a découvert (presque) par hasard l’un des plus importants incidents génériques qu’a connu le parc électronucléaire français: un trafic vieux de plusieurs décennies de pièces non-conformes forgées par l’usine du Creusot d’Areva. Faut-il rappeler que cette affaire, dont on ne connait pas encore tous les tenants et aboutissants, a failli mettre à plat le parc de production d’EDF, cet hiver? Et qu’il n’est guère flatteur pour l’industrie française de l’atome qui peine tant à exporter.

La priorité est ailleurs

Plus grave, il est probable qu’un incident du même type passerait tout autant inaperçu aux yeux des régulateurs et des contrôleurs. Car, les priorités sont ailleurs. Les responsables d’EDF doivent sauver une entreprise dont les MWh se vendent à vil prix. Conséquence: les recettes ne suffiront pas à financer le Grand carénage, l’achat de la division réacteur d’Areva, la construction de la centrale britannique de Hinkley Point C. Au bord de la faillite, Areva gère son démantèlement, en espérant que l’arbitrage de la Chambre de commerce internationale, sur Olkiluoto, ne lui soit pas trop défavorable. Cela pourrait torpiller à mort l’ex-leader mondial du nucléaire.

Plan stratégique

Empêtré dans ses première réformes, le gouvernement d’Edouard Philippe peine à définir sa politique nucléaire. Le ministre de la transition écologique rappelle de temps en temps les acquis de la loi sur la transition énergétique (retour à 50% de production d’électricité par l’énergie nucléaire, ce qui implique l’arrêt d’une quinzaine de réacteurs). Sans convaincre. Car, EDF n’a toujours pas produit son plan stratégique listant les actions à mener pour se conformer à la loi Royal. Une première version avait été sévèrement retoquée par Ségolène Royal en mai dernier.

Bugey 5 et ça repart. L’ASN a annoncé, lundi 24 juillet, avoir autorisé le redémarrage de la 5e tranche de la centrale du Bugey (Ain). Ce réacteur de 900 MW avait été arrêté le 27 août 2015 en raison du manque d’étanchéité du revêtement métallique de son enceinte de confinement. La décision de l’ASN tombe à pic: la loi oblige à stopper définitivement un réacteur s’il n’a pas redémarré dans les deux ans suivant la décision d’arrêt.

Bref, pas le temps de s’occuper d’une Autorité de sûreté nucléaire et de son appui technique (l’IRSN), notoirement sous-dotés pour faire face à une tâche considérable: 1.800 inspections par an, 18.350 lettres de suite (en 2016), 395 avis techniques de l’IRSN l’an passé. Sans compter le suivi quotidien de l’industrie nucléaire, de la radioprotection des travailleurs (du nucléaire, du médical, du BTP) et des 800.000 transports de matières nucléaires par an. Et celui de quelques gros projets à l’avancée chaotique: EPR de Flamanville, Cigéo de Bure, Iter et le réacteur expérimental Jules Horowitz, tous deux à Cadarache.

Le radon toujours aussi cancérigène

Pas étonnant, dans ces conditions, que certains sujets semblent gravés dans le marbre. Prenons le risque radon, au hasard. Ce gaz radioactif et cancérigène peut être respiré par un Français sur cinq. Depuis plusieurs décennies, les pouvoirs publics organisent des campagnes de sensibilisation, aux résultats souvent décevants. Une ordonnance, publiée le 10 février 2016, oblige vendeur et bailleur à mentionner le risque d’exposition dans l’état des risques naturels, miniers et technologiques. Hélas, son décret d’application n’ayant jamais été pris, cette disposition ne sera pas mise en œuvre.

30 ans d’attente

Autre sujet d’importance: l’exposition aux radiations médicales. Voilà 30 ans que l’ampleur du problème s’accroît. Dès 2004, le cancérologue Constantin Vrousos alertait les pouvoirs publics sur les dangers pour le public et les professionnels du développement de la radiothérapie et de l’imagerie interventionnelle. Ces deux sujets restent «des priorités pour la radioprotection». Pour longtemps sans doute.

 



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