Sûreté nucléaire: un bilan satisfaisant à nuancer

Le 16 avril 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Areva devra consacrer 2,5 milliards pour reprendre les vieux déchets de La Hague.
Areva devra consacrer 2,5 milliards pour reprendre les vieux déchets de La Hague.
Areva

Comme chaque année, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a présenté, ce mercredi 16 avril, son rapport annuel sur la sûreté et la radioprotection. Comme chaque année, l’année précédente est qualifiée d’«assez satisfaisante». Un jugement «positif, mais nuancé», rappelle toutefois Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN.

Positif, car le gendarme du nucléaire français «n’a pas constaté de nouveau problème majeur». D’une année sur l’autre, le nombre d’incidents reste stable: 1.123 événements intéressant la sûreté nucléaire, 51 événements significatifs concernant le transport de matières radioactives, 622 événements significatifs concernant la radioprotection[1].

Opérations mal préparées

La nouveauté est ailleurs. D’abord, dans les bons et les mauvais élèves de l’atome tricolore. Les centrales de Penly et de Golfech sont les meilleures de la classe, contrairement à celles de Civaux, Chinon, Bugey. A Civaux, notent les rédacteurs du rapport, «les performances de la centrale demeurent en retrait par rapport à l’appréciation générale portée sur EDF». En cause, notamment: un manque de rigueur dans l’application des règles de conduite des réacteurs. A Bugey, les équipes ont eu du mal à gérer simultanément le redémarrage de la tranche 2 et l’arrêt du réacteur n°3. Mal préparées, ces opérations ont généré un grand nombre d’incidents. A Chinon, c’est l’exploitation de l’atelier des matériaux irradiés et du magasin interrégional (site de stockage de combustible neuf) qui est en défaut.

D’autres exploitants ont eu à subir les foudres du régulateur. Les patrons de l’usine Areva de fabrication de combustibles de Romans-sur-Isère se sont fait convoquer par l’ASN. Au menu de la discussion: expliquer pourquoi toutes les mesures d’amélioration de la sûreté, promises depuis 2003, n’ont toujours pas été mises en œuvre. «C’est pour sanctionner de tels écarts qui perdurent pendant des années que nous souhaitons pouvoir infliger des astreintes journalières», indique Pierre-Franck Chevet. Ce à quoi devrait pourvoir le projet de loi sur la transition énergétique.

Areva devra consacrer 2,5 milliards à ses vieux déchets

Areva n’est décidément pas à la fête. Le leader français du nucléaire est en «négociations serrées» avec l’ASN pour organiser la reprise et le conditionnement de déchets anciens, actuellement stockés en vrac dans des silos sur son site de La Hague. L’opération est prévue pour démarrer cette année. Son coût devrait atteindre les 2,5 milliards d’euros.

La répression n’est que l’un des aspects du travail de l’ASN. L’institution basée à Montrouge (Hauts-de-Seine) phosphore à plein rendement sur 5 gros dossiers. A commencer par le devenir du projet de centre de stockage géologique des déchets de haute et moyenne activité à vie longue (Cigeo). Un projet qui doit être précisé, estime l’ASN, tant sur l’aspect opérationnel de la réversibilité (comment fait-on pour récupérer les déchets pendant un siècle) que sur la nature des déchets qui y seront finalement stockés. «Selon que l’on y mette, ou non, des combustibles usés non retraités, la dimension des galeries ne sera pas la même», rappelle Pierre-Franck Chevet.

A la suite de Fukushima, le gendarme du nucléaire aimerait aussi harmoniser les règles européennes de gestion d’une crise nucléaire. «Pendant Tchernobyl, les autorités françaises et allemandes ont dit des choses contradictoires. Aujourd’hui, il en serait de même», se désole l’ancien directeur général de l’énergie et du climat.

C’est peu connu, mais l’ASN traite aussi du nucléaire médical. Un domaine où la France n’a jamais brillé, en termes de radioprotection. Deux problèmes sont loin d’être réglés: le doublement des doses moyennes délivrées aux patients en 10 ans et le manque de radiophysiciens. «Sur ce dernier sujet, nous sommes passés en quelques années de la dernière place européenne au milieu du tableau.»

Reste enfin le sujet majeur: l’allongement de la durée de vie des réacteurs d’EDF. Le passage à 40, voire 60 ans, «n’est pas acquis» a répété Pierre-Franck Chevet. Des discussions sont en cours avec l’opérateur historique pour identifier tous les écueils. Le principal étant l’obligation, pour le groupe présidé par Henri Proglio, de porter le niveau de sûreté de réacteurs conçus il y a un demi-siècle au niveau de celui de l’EPR. L’ASN se donne jusqu’en 2018 pour étudier le sujet et prendre une position définitive.



[1] En 2012, l’ASN avait recensé 1.170 événements intéressant la sûreté nucléaire, 59 événements significatifs concernant le transport de matières radioactives, 593 événements significatifs concernant la radioprotection

 



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