Sûreté nucléaire: le Japon doit encore faire ses preuves

Le 14 décembre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pour ne plus revivre Fukushima.
Pour ne plus revivre Fukushima.

Après la publication du rapport parlementaire sur la gestion de la crise de Fukushima [JDLE], l’organisation de la sûreté nucléaire fait peau neuve au Japon.

Créée en septembre, la nouvelle autorité de régulation nippone revoit les modalités régissant l'activité nucléaire du Japon, afin d'éviter une nouvelle catastrophe telle que celle qui s'est produite après un tsunami dans le nord-est de l'archipel en mars 2011.

Contrairement à l’ancienne agence pour la sûreté nucléaire et industrielle (la Nisa) et à feue la commission japonaise de la sûreté nucléaire (NSCJ), l’autorité de régulation nucléaire (NRA) n’a plus pour tutelle le puissant ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie ou le Premier ministre.

Autorité indépendante, mais rattachée au ministère de l’environnement, la NRA s’occupera non seulement de la régulation des activités nucléaires de l’archipel, mais aussi des inspections de sites; deux activités anciennement partagées entre la Nisa et la NSCJ.

La nouvelle autorité ne sera pleinement opérationnelle que le 1er avril prochain. Ce qui ne lui interdit pas d’agir dès à présent. Ainsi vient-elle de remettre à plat les modélisations de dispersions de radio-éléments, qui se produiraient en cas d’accident nucléaire. Réalisées par les exploitants des centrales, ces simulations sont utilisées par les collectivités pour préparer leur plan d’action.

Or, révèle ce vendredi 14 décembre The Japan Times, les données transmises par Kepco et Hokkaido Electric, pour leurs centrales de Genkai, Sendai et Tomari, ont été récemment jugées erronées par la NRA. Selon l’autorité de sûreté, ces projections minoraient légèrement la surface des zones suffisamment contaminées pour nécessiter l’évacuation des populations. Un mini-séisme dans le monde de la sûreté nippone.

Autre nouveauté: les commissaires de la NRA affirment vendredi vouloir davantage tenir compte des conseils d'autres pays pour régir le secteur atomique, après avoir auditionné trois experts étrangers critiques sur l'encadrement avant l'accident de Fukushima. De quoi intéresser les participants à la conférence ministérielle internationale sur la sureté nucléaire qui s’est ouverte à Tokyo aujourd’hui.

Interrogés par l’AFP, Richard Meserve, ancien président de la Commission de régulation nucléaire des Etats-Unis, André-Claude Lacoste, ex-président de l'Autorité de sûreté nucléaire française (ASN), et Mike Weightman, inspecteur en chef des installations nucléaires du Royaume-Uni, ont salué la création de la nouvelle entité nippone, plus indépendante du gouvernement que la précédente à qui a été reprochée une trop grande proximité avec le puissant ministère de l'Industrie pro-nucléaire.

Pour autant, ils estiment que cela ne suffit pas.

«Avant l'accident de Fukushima, le régulateur était faible et insuffisamment indépendant vis-à-vis de l'industrie, mais indépendance ne signifie pas isolement, et la communication de l'instance de régulation avec le public et les opérateurs est nécessaire», a insisté Richard Meserve.

Pour André-Claude Lacoste, «la régulation nucléaire au Japon avant le désastre de Fukushima était complexe et divisée», sur fond de «manque total de confiance réciproque entre la population, les autorités de sûreté et l'industrie atomique».

De ce point de vue, «les changements concernant le statut de l'instance de régulation sont positifs, mais il reste beaucoup à faire au niveau des industriels et exploitants en termes de prise de conscience et de gestion de la sûreté», estime l’ancien gendarme du nucléaire français.

Et d'ajouter: «Il est extrêmement dangereux que les opérateurs de centrales considèrent comme suffisant de s'en tenir aux seules règles que leur impose le pays, car le principe premier de la sûreté nucléaire internationale repose sur l'initiative d'élever davantage le niveau».

«La façon de penser des opérateurs de centrales nucléaires ne me satisfait pas non plus, et je souhaite poursuivre une régulation indépendante en tenant compte des conseils de divers pays», a promis le président de l'autorité nippone, Shunichi Tanaka.



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