Sûreté nucléaire: l’Europe peut beaucoup mieux faire

Le 04 octobre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Günther Oettinger souhaite plus de pouvoirs pour contrôler le nucléaire européen.
Günther Oettinger souhaite plus de pouvoirs pour contrôler le nucléaire européen.

Bruxelles a adopté et publié sa communication sur l’état du parc nucléaire européen. Conclusion: il y a des efforts à faire dans les 15 pays de l’Union où sont exploités des réacteurs de puissance. Et en attendant la fin des travaux, la Commission projette de légiférer.

Comme promis, la Commission a adopté, et rendue publique, sa communication sur les essais de résistance des centrales nucléaires en service dans l’Union européenne. Réalisé en moins de 18 mois après la catastrophe de Fukushima Dai-Ichi, ce travail est une première mondiale.

Pour la première fois, la direction de l’énergie de la Commission a obtenu des 15 pays de l’UE, mais aussi de la Suisse et de l’Ukraine, d’auditer le comportement des centrales en cas d’événements extrêmes (naturels mais aussi crash d’avion de ligne) entraînant la perte des fonctions normales de sûreté à la centrale.

Première étape de ces stress test, une auto-évaluation réalisée par les exploitants. Les résultats et les éventuelles propositions d’amélioration ont été transmis aux autorités nationales de sûreté nucléaire (l’ASN en France).

Seconde étape: après avoir défini de nouvelles exigences, les gendarmes du nucléaire ont transmis leurs dossiers à l’European Nuclear Safety Regulators Group (Enserg, une association réunissant les experts des autorités de sûreté européennes et ceux de la Commission) qui a pris soin de vérifier qu’aucun élément important n’avait été omis par les différents inspecteurs nationaux. Ce travail sur dossier a été complété par 54 visites de site (et notamment à Cattenom, Chooz, Fessenheim, Tricastin) réalisés par des «pairs évaluateurs», appointés par l’Enserg.

Globalement, c’est l’état de santé des 145 réacteurs en activité (dont 58 en France) qui a été passé au crible ces derniers mois. Adopté ce matin 4 octobre par la Commission européenne, ce bilan est jugé crédible par Bruxelles: «Il n’y a pas eu la moindre pression des exploitants ni des Etats membres lors de la rédaction de notre communication», assure le commissaire à l’énergie Günther Oettinger.

Comme attendu par nombre d’observateurs, le bilan est en demi-teinte. «La sûreté en Europe est satisfaisante. Aucune centrale ne doit être arrêtée pour des questions de sûreté. Mais presque partout, il y a un potentiel important d’amélioration», poursuit le commissaire allemand.

Seconde grande conclusion: les meilleures pratiques ne sont pas appliquées dans toutes les installations. «Dans la conception de 54 réacteurs sur 145 (37%), les normes récentes de calcul du risque de séisme n'ont pas été prises en compte», relève la communication de la DG Energie. Même chose pour le risque inondation dans 43% des cas.

Les équipements destinés aux interventions d’urgence en cas d’accidents graves ne sont pas protégés dans la moitié du parc nucléaire européen. Ce qui avait d’ailleurs conduit l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et l’ASN français à définir le concept de «noyaux durs» [JDLE]. Pas moins de 32 centrales ne disposent toujours pas de systèmes d’éventage-filtration, dispositif qui permet, comme on l’a vu à Fukushima, de relâcher la pression à l’intérieur de l’enceinte en cas d’accident. Enfin, 24 réacteurs ne disposent pas de salle de commande de secours.

Pour la France, les recommandations sont nombreuses. Les calculs de risque sismique et d’inondation devraient être réalisés en prenant les événements survenus ces 10.000 dernières années et non sur quelques siècles. Lors du calcul de risques liés aux événements climatiques extrêmes, les auditeurs européens recommandent aux entreprises françaises de prendre en compte les cyclones, les très fortes précipitations, les températures extrêmes et la combinaison de plusieurs phénomènes.

Comme partout en Europe, le problème de l’autonomie des batteries (lesquelles doivent alimenter les installations vitales de la centrale en cas de coupure de courant) reste entier. Les groupes électrogènes de secours doivent être physiquement séparés des générateurs classiques pour éviter tout effet domino en cas de catastrophe. Les lignes directrices pour la gestion des accidents graves d’EDF devraient porter sur tous les états du réacteur, de la pleine puissance à l’arrêt total.

Au total, Bruxelles estime entre 10 et 25 milliards d’euros le montant du devis pour l’amélioration de la sûreté de la totalité des parcs européen, suisse et ukrainien.

Quelle est la suite de cette communication? Légalement, l’Union européenne n’a aucune compétence en matière de sûreté nucléaire. «Avec cette communication, nous avons voulu attirer l’attention», reconnaît, un brin amer, Günther Oettinger. Pour autant, Bruxelles entend mettre la pression sur les pays nucléaires.

L’an prochain, les services de la direction de l’énergie devraient présenter à la Commission et au Parlement deux projets de directive, l’un portant sur la sûreté (et fixant des normes génériques de conception des centrales et devant permettre à la Commission de suivre la mise en œuvre de ses recommandations), l’autre portant sur l’assurance et la responsabilité des exploitants de centrales. «Ce n’est qu’à partir de ce moment-là que l’on pourra vraiment chiffrer le coût du nucléaire», estime Günther Oettinger.

En France, le coup est déjà parti. L’ASN a imposé, le 26 juin dernier, à EDF, Areva et au CEA, un certain nombre de prescriptions, parmi lesquelles la réalisation, avant 2018, des fameux noyaux durs; la création par EDF, en 2014, d’une force d’action rapide nucléaire; la mise en service par Areva de moyens de réalimentation des piscines de refroidissement de l’usine de la Hague; le stockage de matières fissiles de l’installation Masurca vers un centre anti-sismique; et l’amélioration de la sûreté des réacteurs de recherche Osiris et Jules Horowitz. Des travaux importants qu’EDF et André-Claude Lacoste, le président de l’ASN, avaient estimé à une dizaine de milliards d’euros [JDLE].



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