Sûreté nucléaire: l’avenir s’assombrit pour les industriels français

Le 26 mai 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pierre-Franck Chevet réclame encore la création de 120 postes.
Pierre-Franck Chevet réclame encore la création de 120 postes.
VLDT

Incapable de faire face à toutes ses missions, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) va concentrer ses forces sur les installations existantes. Retardant de facto la réalisation des grands projets atomiques tricolores.

Aujourd’hui, ça va. Demain, je ne sais pas. Telle pourrait être la synthèse du message délivré par le président de l’ASN. Ce jeudi 26 mai, Pierre-Franck Chevet présentait à la presse le rapport annuel de la sûreté nucléaire. L’occasion de rappeler que l’année écoulée n’est pas un mauvais cru: «Avec 1.039 événements significatifs déclarés et une centaine d’incidents recensés, la sûreté s’est maintenue à un bon niveau», concède l’ancien directeur général de l’énergie et du climat.

Un jugement qu’il s’empresse de modérer. Car les nuages s’amoncellent dans le ciel de l’atome tricolore. Il faudra encore 5 à 10 ans pour qu’EDF, Areva et le CEA achèvent la mise aux normes ‘post-Fukushima’ de leurs installations. Pour l’électricien, cela passera notamment par la construction de très gros groupes électrogènes, installés dans des bunkers bâtis en béton spécial.

Un milliard par tranche

Inédit par sa taille et sa technicité, ce chantier devra être couplé avec les travaux de modernisation du parc nucléaire. Indispensables pour espérer un allongement de sa durée de vie. «En moyenne, calcule Pierre-Franck Chevet, EDF devra investir un milliard d’euros par réacteur.» Sans cela, aucune chance que l’ASN n’autorise les 34 réacteurs de 900 mégawatts à fonctionner plus de 40 ans. En attendant, l’institution de Montrouge se donne jusqu’à la fin de 2018, voire le début de l’année suivante, pour prendre une décision de principe sur la durée de vie du premier palier de réacteurs français. Ensuite, ce sera du cas par cas.

Les centrales nucléaires ne sont pas les seules installations à vouloir fonctionner plus longuement que prévu. Areva veut poursuivre l’exploitation de ses usines de fabrication et de recyclage du combustible. Les chercheurs du CEA sont très attachés à leurs réacteurs de recherche. «Cela représentera, en 2017, une cinquantaine de nouveaux dossiers à ouvrir pour les experts de l’ASN», résume son président. Des dossiers conséquents: contrairement aux réacteurs électrogènes, aucune de ces installations n’a jamais bénéficié du moindre réexamen de sûreté décennal.

Sous-effectif chronique

En sous-effectif chronique, les gendarmes du nucléaire doivent aussi gérer l’inattendu. A commencer par les ennuis de l’EPR de Flamanville. Comme son cousin finlandais, le réacteur normand accumule les «retards industriels». Il n’est pas le seul. Les autres grands programmes nucléaires du moment (le réacteur Jules Horowitz (RJH), le centre de stockage de déchets nucléaires Cigéo, le réacteur de fusion Iter) sont tous hors délais. Et hors devis, bien sûr.

Plus inquiétant, l’acier de la cuve de l’EPR et de son couvercle, trop riche en carbone (et possiblement moins résistant), pourrait ne pas être homologué. L’ASN a imposé à Areva, constructeur du réacteur, des analyses de la qualité du métal. «Les premiers résultats ne sont pas très bons: les zones carbonées pourraient être plus larges que prévu», révèle le patron de l’ASN.

Ce n’est pas la seule malfaçon à pourrir l’industrie de l’atome. Depuis plusieurs mois, l’ASN est saisie de plusieurs affaires sensibles. Des décennies durant, plusieurs forges ont écoulé des centaines de pièces non conformes aux cahiers des charges d’Areva ou d’EDF. Des composants de générateurs de vapeur pourraient être ainsi déclarés ‘mauvais pour le service’. Avec à la clé des arrêts de tranche imprévus pour l’exploitant.

2.000 inspections par an

Avec près de 2.000 inspections à réaliser par an, la préparation du Grand carénage du parc d’EDF, le réexamen de sûreté des grandes installations d’Areva et du CEA, sans compter les dossiers de l’EPR ou des forges malignes, l’ASN ne peut plus faire face. «Nous avions demandé la création de 150 nouveaux postes à temps plein pour l’ASN et l’IRSN[1], le gouvernement nous en a accordé 30», rappelle Pierre-Franck Chevet.

Une décisions s’impose: «L’ASN donnera la priorité au contrôle des installations en fonctionnement et non à l’examen des installations nouvelles». A moins d’un revirement gouvernemental, toujours possible, le bataillon de pandores de l’atome se focalisera sur les centrales et les grandes installations d’Areva et du CEA. Le RJH, Iter, Cigéo et Flamanville 3 en paieront le prix. Ce qui pourrait renchérir le coût de leur construction. Plombant un peu plus le bilan de l’équipe de France du nucléaire et de nombre de leurs sous-traitants.



[1] Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire

 



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