Sûreté nucléaire: EDF se défend

Le 05 février 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La centrale du Tricastin, au coeur d'un livre sur la sûreté nucléaire en France.
La centrale du Tricastin, au coeur d'un livre sur la sûreté nucléaire en France.
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Très sévèrement mis en cause pour la gestion de la sûreté de ses réacteurs nucléaires, l’électricien tricolore réplique. Pour le groupe semi-public, la plupart des faits qui lui sont reprochés dans un livre à paraître mercredi sont connus depuis longtemps ou totalement faux.

 

C’est un coup de Trafalgar dont EDF se serait bien passé. Dimanche 4 février, le Journal du Dimanche publie les bonnes feuilles d’un livre à paraître qui incrimine la gestion de la sûreté nucléaire de l’électricien[1]. Rédigé par deux journalistes, l’ouvrage détaille une série de problèmes au sein du parc nucléaire français, qui laissent à penser, comme l’indique le titre, que le danger nucléaire est immédiat.

Et certaines affirmations font froid dans le dos: «Selon EDF, 10 cuves en exploitation ont des fissures qui datent de leur fabrication.» Et leurs contrôles seraient largement défaillants. On ne regarderait qu’une partie de l’acier des cuves. La France pire que la Belgique?

Fragilisation et inondation

Ciblant la première tranche de la centrale du Tricastin, les deux auteurs frappent fort: «Ce réacteur cumule tous les problèmes: défauts sous revêtement, absence de marge à la rupture et dépassement des prévisions de fragilisation à quarante ans! Sans oublier le risque d'inondation catastrophique en cas de séisme, comme l'a relevé en septembre 2017 l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN).» Rappelant que la centrale provençale se situe à 6 mètres en contrebas du canal de Donzère-Mondragon, les journalistes soulignent le risque d’inondation, notamment en cas de «séisme fort».

Le canal du Tricastin

Sans avoir lu l’ouvrage-réquisitoire (publié le 7 février), Dominique Minière a répondu «avec prudence» aux accusations, relayées ces dernières heures par la presse. Ce lundi 5 février, au cours d’une conférence téléphonique, le directeur exécutif Groupe en charge du parc nucléaire d’EDF a commencé par revenir sur les faits anciens: la question du canal de Donzère-Mondragon, connue «depuis le début des années 1970» ou la réparation du fond de la cuve du réacteur n°1 de Gravelines, «cela a largement été documentée, c’était une première mondiale». Ce que confirme une notice de l’ASN, publiée en décembre 2011.

Pas de nouvelles fissures

Les faits présentés comme nouveaux par les deux auteurs sont, en revanche, balayés d’un revers de la main par l’ancien directeur de la centrale de Cattenom. Dominique Minière dément ainsi tout accroissement de fissures sur la paroi de la cuve du réacteur de Tricastin 1. «Rien de nouveau sous le soleil», estime-t-il, rappelant que chaque cuve fait l’objet d’une échographie complète à chaque visite décennale.

Thierry Gadault et Hugues Demeude reprochent aussi à EDF d’avoir caché l’existence de fissures dans les cuves de 6 réacteurs: Bugey 2, Gravelines 5, Saint-Alban 1, Golfech 1, Cruas 1 et Penly 1. Effectivement détectés sur les cuves des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2, en Belgique, de tels défauts seraient imputables à la formation d’hydrogène dans l'eau du circuit primaire en raison d'une réaction de corrosion ou de radiolyse.

D’où vient l’hydrogène?

Forgée par le professeur René Boonen (université de Louvain), cette théorie, sur laquelle s’appuient les deux rédacteurs, est largement battue en brèche. Les spécialistes de la sûreté nucléaire, les métallurgistes et EDF estiment au contraire que ces défauts se forment en raison d’une migration de l’hydrogène lors du refroidissement de la pièce après son forgeage et non pendant le fonctionnement du réacteur. Ce qui explique, martèle Dominique Minière, qu’ils n’évoluent pas depuis la fabrication des cuves.

EDF a par ailleurs publié, ce lundi, un communiqué affirmant que «la sûreté nucléaire est sa priorité absolue». L'électricien indique qu'il se réserve le droit «d'entamer des poursuites... y compris en diffamation». Menace réitérée par Dominique Minière.

Interrogée par l’AFP, l’autorité de sûreté nucléaire (ASN) n'a pas souhaité faire de commentaire dans l'immédiat. «L'ASN souhaite prendre connaissance du contenu de l'ouvrage avant toute prise de parole», indique une porte-parole du gendarme du nucléaire.



[1] Nucléaire, danger immédiat. Thierry Gadault et Hugues Demeude, Flammarion

 



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