Sur les traces de l’ours en vallée d’Ossau

Le 16 mai 2011 par Célia Fontaine
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Alors que le conseil national de protection de la nature doit donner, dans les jours à venir, son avis sur l’introduction d’une ourse dans les Pyrénées, la question soulève toujours autant les passions. Visite sur place dans la Vallée vallée d’Ossau (Pyrénées-Atlantiques).

Encore secrétaire d’Etat en charge de l’écologie, Chantal Jouanno avait annoncé, le 26 juillet 2010, l’introduction d’une ourse slovène dans le Haut Béarn au printemps 2011. Une mesure jugée indispensable par les scientifiques pour éviter la «fin de l’ours» en France.
 
L’an passé, il ne restait que 19 individus dans toute la chaîne des Pyrénées, dont 17 repérés côté français, selon le rapport annuel de l'équipe Ours de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage publié le 7 avril dernier[1]. «Mais un seul mâle a signalé sa présence au début du printemps 2011 en vallée d’Ossau, les autres sont du côté de l’Ariège maintenant», nous confie Christian Plisson, agent technique chargé du suivi de l’ours dans le parc national des Pyrénées. Pour les associations de défense de l’ours, la chose est entendue: à moins de 50 individus, la population n'est génétiquement pas viable.
 
La décision de relâcher une femelle dans la région a été prise pour remplacer Franska, tuée lors d'un accident de la circulation en 2007. Christian Plisson tient entre ses mains une photo confidentielle de la femelle gisant, désarticulée, sur la route au milieu de débris automobiles. Elle s’est trouvée au mauvais endroit au mauvais moment. «Les ours sont des animaux très curieux et opportunistes, ils n’hésitent pas à circuler et à se rapprocher de la civilisation si quelque chose les a attirés», explique le spécialiste.
 
Contrairement à une idée reçue, ces animaux sont à 80% végétariens. L’ours se nourrit d'herbes, de fruits secs, de graminées et de baies et, pour la gourmandise, de miel lorsqu’il en trouve. Au sortir de l’hivernation, le plantigrade cherche à diversifier son régime par une alimentation plus carnée. Selon la légende, ce sont les ours qui ont appris aux hommes préhistoriques à survivre en leur montrant comment se cacher dans les grottes et confectionner des tanières. La relation homme-ours, avant de devenir conflictuelle, a d’abord été respectueuse. 
Aujourd’hui encore, des traces de cette fascination subsistent. «Lou moussu» (le Monsieur, parce qu’il se tient debout comme un homme) ou «Celui qui va pieds nus» figure sur le blason de la vallée d’Ossau[2] aux côtés d’une vache, et sa patte vient également orner un fromage de brebis de la région. Nul doute que l’ours fait partie du patrimoine naturel et culturel des Pyrénées.
 
Ce n’est pas l’avis de l'Association pour le développement durable de l'identité des Pyrénées (Addip), qui estime que «le lâcher d'une malheureuse ourse slovène en Béarn n'apportera rien à la biodiversité des Pyrénées, rien à une espèce animale nullement menacée au niveau planétaire et européen. Il est sûr, par contre, qu'elle sèmera le feu dans tout le massif». Avis auquel se rallient les exploitants agricoles du canton de la ville de Laruns, très opposés à la présence de l’ours dans les environs, ainsi que la plupart des agriculteurs et bergers.
 
«Le fait que la montagne soit habitée pose problème. Les bergers ont envie d’avoir une vie de famille normale, et ne restent plus des mois entiers à surveiller les troupeaux de brebis. D’où les risques d’attaques», rappelle Christian Plisson tout en gravissant la montagne embrumée. Mais celles-ci restent rares. En 2010, les ours en Béarn ont probablement tué 7 brebis (dont 5 au bénéfice du doute). Cet été, deux chiens errants ont tué une centaine de brebis et cinq veaux dans la vallée de l’Ouzoum, indique le Fonds d’intervention éco-pastoral (Fiep), une association qui défend le grand mammifère.
 
Lorsqu’un plantigrade s’en prend directement à un cheptel ou à des ruches, un constat de dégâts d’ours est réalisé par les agents du parc. A l’issue de l’expertise, si le dégât est directement imputable à l’animal, il y a indemnisation par une commission spéciale mise en place. Cette dernière réunit les élus, les associations, l’administration et les représentants des bergers, qui décident des indemnisations à allouer. Par exemple, pour une brebis tuée, le berger recevra 300 euros d’indemnisation. Ce montant comprend la perte d’agneau, la perte de lait, la prime de dérangement…
 
«Les agents qui dressent les constats de dégâts d’ours sont formés par des vétérinaires, ils ont un avis indépendant, les arrangements avec les bergers sont donc rarement possibles», souligne l’agent technique du PN. Et même, le doute profite toujours un peu au berger, concède-t-il.
 
Ours et pastoralisme peuvent-ils cohabiter? Oui, si les bonnes mesures sont prises pour encadrer cette cohabitation, estime Alain Rousset, le président du conseil régional de la région Aquitaine rencontré le 13 mai dernier. «La France ne peut pas laisser disparaître l’ours, mais il faut mettre en place de véritables conditions de suivi. Par exemple, le pôle Aerospace Valley va mettre au point un système de géolocalisation qui permettra de suivre en temps réel tant les troupeaux que les ours», explique-t-il. Si un individu pose problème, il faudra le retirer et le placer en parc animalier. Pour le Fiep, la présence de l’ours a aidé le renouveau du pastoralisme en améliorant les conditions de travail des bergers grâce à des mesures en faveur de la cohabitation (primes de dérangement, héliportages, radiotéléphones, muletage, rénovation des cabanes, aides au gardiennage…).
 
En dehors des Pyrénées, de l’autre côté de la frontière, en Espagne, les populations de plantigrades se portent mieux. En 2009 et 2010, 40 femelles se sont reproduites dans les Asturies. La faible densité de population et un système d'élevage différent (bovins au lieu d'ovins plus vulnérables) et beaucoup moins développé y sont pour beaucoup.
 
La dernière réintroduction en France date de 2006. Sur les cinq ours relâchés dans les Pyrénées, deux sont morts par la faute de l’homme. La prochaine survivra-t-elle ?


[1] Ce rapport montre deux noyaux bien différents, l'un comptant 16 animaux dans le centre et l'est du massif, et l'autre dans les Pyrénées occidentales qui comprend seulement trois individus mâles, dont l'un, l'ours Camille, n'a pas été repéré depuis février 2010. 
 
[2] Qui elle-même tire son nom «osse» de l’ours


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