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Sur internet, un lait maternel pas très clair

Le 30 octobre 2013 par Romain Loury
Au menu: bactéries pathogènes et virus
Au menu: bactéries pathogènes et virus

Le lait maternel échangé sur internet, qui échappe à ce jour à toute régulation, est plus souvent porteur de bactéries pathogènes ou de virus que celui des lactariums officiels, confirme une étude américaine publiée dans la revue Pediatrics .

En France, le sujet a fait l’actualité au printemps 2011, lors de l’arrivée du réseau Human Milk for Human Babies (HM4HB) (voir le JDLE). Son objectif: permettre à des femmes ayant un surplus de lait maternel d’en fournir à d’autres n’ayant pas assez de lait. Les 19 lactariums français souffrent en effet d’une pénurie chronique, réservant dès lors leurs produits aux enfants prématurés.

Se situant en dehors de tout cadre sanitaire, ce type de pratique a de quoi inquiéter les autorités sanitaires, qui ne peuvent faire mieux que de la déconseiller, le lait maternel n’étant pas considéré comme un produit de santé. Autre point critique, rien n’indique que l’altruisme (hors frais de port) soit la seule monnaie d’échange entre les deux jeunes mères, même si HM4HB-France assure sur sa page Facebook «ne pas soutenir ou approuver la commercialisation» du lait maternel.

C’est d’ailleurs contre espèces sonnantes et trébuchantes que Sarah Keim, du Nationwide Children’s Hospital de Columbus (Ohio), et ses collègues se sont procuré 101 échantillons de lait maternel auprès de vendeuses de l’un des 4 principaux réseaux opérant aux Etats-Unis [1], dont ils ne livrent pas le nom. Leur profil bactérien et viral a été analysé, puis comparé à celui de 20 échantillons destinés à un lactarium.

Ces échantillons-contrôles avaient été refusés au lactarium pour diverses raisons, telles que l’emploi par la mère allaitante de médicaments contre-indiqués, ou une trop grande ancienneté du lait (plus de 6 mois). Comme le lait acheté sur internet, il n’était donc pas pasteurisé, comme l’est normalement le lait fourni par les lactariums.

Or même sans pasteurisation, le lait destiné au lactarium s’avère moins contaminé que celui qui s’échange sur internet. Pour ce dernier, 72% des échantillons portent des bactéries Gram-négatives (contre 35% des contrôles), et 44% des bactéries coliformes (contre 25%). Plus de 17% des échantillons contiennent plus d’un million d’unités formant colonie par millilitre (UFC/mL) de bactéries, et 74% auraient été refusés par les lactariums.

Des staphylocoques et des streptocoques sont retrouvés dans 63% et 36% des échantillons, contre 25% et 20% des contrôles. Trois lots de lait maternel achetés sur internet contiennent même des salmonelles. D’un point de vue virologique, 21% des échantillons sont positifs pour le cytomégalovirus, contre 5% de ceux destinés au lactarium. Aucun n’a été testé positif pour le VIH.

 

Information quasi inexistante et peu fiable

Bien que les sites internet donnent des conseils d’hygiène pour tirer son lait, le stocker et l’expédier, il semble qu’ils sont loin de suffire, ou qu’ils soient moins suivis que ceux des lactariums. Pour preuve, 19% des échantillons étaient expédiés sans aucun moyen de réfrigération, la température de certains d’entre eux s’élevant à 27°C.

Quant à l’information des acheteuses, elle se limite la plupart du temps à «lait de grande qualité» ou «je me nourris de bio»: les vendeuses indiquent rarement si elles ont réalisé des tests de dépistage ou quelles sont leurs pratiques d’hygiène lors de la manipulation du lait.

«Acheter du lait maternel sur internet n’est pas une méthode sûre, et la Food and Drug Administration (FDA) [comme l’Agence nationale de sécurité du médicament, l’ANSM, en France, ndlr] recommande de ne pas y avoir recours. Les receveuses n’ont aucun moyen de savoir de manière certaine si le lait n’a pas été trafiqué, s’il ne contient pas de drogues ou de médicaments dangereux, et si l’information fournie est digne de confiance», indique Sarah Keim dans un communiqué du Nationwide Children’s Hospital.

De part et d’autre de l’Atlantique, difficile de connaître l’étendue de ces réseaux: selon une étude américaine, 13.000 messages auraient été postés en 2011 sur les principaux sites d’échange opérant aux Etats-Unis. Pour la France, la page Facebook de HM4HB, qui en est sa principale foire d’échange, compte 493 «likes».

[1] Ces 4 principaux réseaux sont HM4HB, Eats on Feets, Only the Breast et Milk Share.



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