Suivre A la Trace le braconnage et la contrebande d’animaux

Le 18 juillet 2013 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
L'ours à lunette, victime de braconnage.
L'ours à lunette, victime de braconnage.
DR

Les douaniers les retrouvent enfermés à fond de cale, cachés dans une cargaison de pneus ou serrés dans une valise en transit dans un aéroport. Sédatés, entravés, mutilés, les animaux sauvages sont de plus en plus victimes de braconnage. S’ils survivent au transport, ils seront revendus à prix d’or comme animaux de compagnie. Leurs dents, leur chair, leurs écailles ou leur peau sont tout aussi convoitées, tant dans les pays du Nord qu’en Asie. L’association écologiste Robin des bois vient de publier la première édition d’un bulletin d’information -«A la trace»- qui ambitionne de suivre, trimestre après trimestre, l’évolution du braconnage et de la contrebande des animaux menacés d’extinction[1]. Nourri d’articles de journaux du monde entier et par un réseau international d’ONG, A la trace «observe les itinéraires, les fréquences, les connivences, les récidives, les cours des matières premières. Sans prétention à l’exhaustivité, c’est dans la régularité et au bout de deux à trois années qu’A la Trace prouvera à tous son utilité.» L’association écologiste suit déjà minutieusement l’actualité des navires en fin de vie et édite un bulletin intitulé A la Casse.

 

La première livraison d’A la Trace recense les saisies et exactions commises entre avril et juin 2013. Des hippocampes séchés dans les eaux territoriales chinoises, des vessies natatoires au Mexique, un pécaris à collier au Brésil, 50 tortues Emyde tricarénée au Bangladesh, 12 tatous morts en Argentine, un ours à lunettes vivant au Pérou… l’inventaire ne rend compte que d’une petite partie du trafic, car ces chiffres sont à apprécier à l’aune du «ratio Interpol». Cet organe mondial de répression estime en effet que les saisies opérées représentent 10% du trafic réel. «Donc quand nous constatons que 5.856 tortues ont été saisies dans le monde ce dernier trimestre, il faut calculer que ce sont près de 60.000 tortues qui ont en fait été braconnées», détaille Jacky Bonnemains, le président de Robin des bois.

 

Quelques exemples sont assez frappants. Comme ces braconniers qui se prennent en photo à côté d’un condor des Alpes -le plus grand oiseau de la terre- dont il reste 50 spécimens en Equateur. Ou la saisie en Autriche de 60 perroquets et oiseaux de paradis venus d’Asie, dont l’un était porteur du virus H5N1. Ou ces 10 tonnes de pangolin congelé (soit environ 2.000 animaux), des mammifères entre reptiles et pommes de pin, dont le corps est couvert d’un blindage d’écailles. Leur chair est recherchée (2.000 dollars pièce -1.528€), les fœtus sont courus par des gourmets et leurs écailles (entre 175 et 950 $ le kg -entre 133 et 726 €) servent en médecine traditionnelle. Ou encore ces 5.000 jeunes caïmans retrouvés en vie à la frontière entre le Brésil et le Paraguay, dont Robin des bois se demande s’ils ne devaient pas alimenter un élevage autorisé. «C’est du pillage du milieu naturel», explique Charlotte Nithart, de Robin des bois. «Le blanchiment d’espèces sauvages par la captivité est un enjeu au sein de la Cites. Par exemple, les pangolins ne s’élèvent pas, mais il existe des tentatives de le faire.» L’ouverture croissante de zoos privés inquiète aussi l’association.

 

 

Le président de Robin des bois rappelle l’hécatombe en cours dans les populations de rhinocéros (2 morts par jour dans le monde): une traque à l’ivoire qui se déplace jusque dans les musées. Le 17 avril dernier, 4 têtes de rhinocéros empaillées (avec 8 cornes) ont été subtilisées par un gang international au Musée national irlandais (valeur estimée: 500.000 €). La guerre en cours au Mali inquiète l’association, qui a écrit au secrétaire général de l’ONU pour que, à l’occasion de l’arrivée d’un contingent militaire chinois dans une zone où subsistent difficilement 350 pachydermes, «des instructions soient données sur le strict respect des populations d’éléphants».

 

Sur le plan des sanctions, le compte n’y est pas, estime l’association. Quelques amendes et peines de prison sont prononcées, mais elles sont dérisoires compte tenu des prix des animaux au marché noir ou de l’ampleur des dommages sur le vivant. Exemple: 4 citoyens malais –des gestionnaires de palmeraie et les exécutants- ont été condamnés à 8 mois de prison pour avoir commandité et réalisé le massacre de 20 orangs-outangs (sur la centaine qui restent en Indonésie). Les plus fortes sanctions relevées dans cet inventaire s’élèvent à 21 et 22 ans de prison, prononcés aux Emirats arabes unis pour de la chasse à l’outarde dans une zone protégée, mais aussi pour des tirs avec armes à feu sur les gardes. Au passage, Jacky Bonnemains relève que «le profil des braconniers est complexe. Ce ne sont pas que des pauvres gens, au chômage et contraints économiquement. Il y a aussi des instituteurs ou des infirmiers dans le lot». Deux femmes braconnières ont même été arrêtées début mai en Afrique du Sud.

 

A plusieurs reprises, Robin des bois a déploré le manque de moyens ou de bonne volonté des douanes à travers le monde, qui réalisent à intervalles réguliers des saisies médiatiques mais manqueraient d’ambition le reste du temps. Des cas de corruption sont régulièrement mis au jour en Asie. Le 21 juin dernier, les Philippes ont détruit 5 tonnes d’ivoire, fruits des saisies dans les ports et aéroports de l’archipel depuis 1995 (quand 7 tonnes ont été volées et dispersées par l’administration, l’un de ses hauts responsables étant même en fuite à l’heure actuelle). «Le devenir et la sécurité des saisies sont des problèmes majeurs», pointe Charlotte Nithart. Car elles retournent souvent au marché noir. En France, c’est le Muséum national d’histoire naturelle qui assure le stockage et la garde des saisies d’ivoire illégal depuis l’entrée en vigueur de la Cites. Robin des bois demande que ce stock «soit irrémédiablement détruit sous constat d’huissier. La France et l’Europe n’ont pas le privilège inné d’échapper aux désordres et à la corruption».



[1] C’est-à-dire ceux inscrits à l’une des trois annexes de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites), qui répertorient les risques d’extinction planant sur chaque espèce et encadrent leur commerce.

 

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus