Suivi post-professionnel: un bilan mitigé

Le 03 septembre 2007 par Diana Semaska
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
auscultation
auscultation

Douze ans après sa création par l’arrêté du 28 février 1995, le suivi post-professionnel reste peu appliqué, peu connu et limité aux travailleurs exposés à un nombre restreint de substances comme l’amiante.

L'Institut national de veille sanitaire (InVS) estime que le suivi post-professionnel (SPP) s'applique pour 2 à 3.000 retraités. «Impossible d'accéder à la proportion exacte de SPP. C'est une carence des caisses nationales d'assurance maladie. Par contre, on sait que plusieurs centaines de milliers de retraités pourraient y prétendre», déclare Ellen Imbernon, directrice du département santé-travail à l'InVS.

«On en attend peu sur le plan clinique. Diagnostiqué tôt, un cancer broncho-pulmonaire dû au contact avec les fibres d'amiante reste mortel, même si la survie est légèrement plus longue. Idem pour le mésothéliome, pour lequel aucun traitement n'existe à ce jour», commente Matthieu Carton, chef de l'étude épidémiologique «Spirale» à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Celui-ci suit des populations qui bénéficient d'un suivi post-professionnel  après une exposition à l'amiante ou aux sciures de bois. Le programme, initié par la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS), a pour but d'optimiser le SPP en proposant un questionnaire à 50.000 hommes retraités, afin de les faire bénéficier d'un SPP.

Même si le projet Spirale est censé faciliter la démarche administrative de SPP auprès de la CNAMTS, peu d'attestations sont délivrées. «Cette démarche n'est pas passée dans les moeurs, parce qu'elle est compliquée. Difficile d'attester une exposition à l'amiante lorsque celle-ci est antérieure au dernier emploi» ajoute Ellen Imbernon, tout en précisant que la mise en place du Fonds d'indemnisation des victimes de l'amiante (Fiva) a néanmoins facilité la prise en charge des malades. «Et si on n'a pas d'attestation d'exposition, la CNAMTS enquête pour vérifier si l'exposition a vraiment existé», ajoute-t-elle. Une enquête «fastidieuse et tatillonne», selon Matthieu Carton.

20% des salariés retraités hommes auraient été exposés au moins une fois à l'amiante durant leur travail et 50% d'entre eux ne le savent pas, selon l'InVS. Une ignorance due au fait que les attestations d'exposition, délivrées à la fois par le dernier employeur et le dernier médecin du travail, n'existent que depuis 1996.

Par ailleurs, certaines activités seraient moins connues comme risquées pour les travailleurs. «Quand on change des joints ou des dalles, on ne sait pas toujours s'il y a de l'amiante ou pas» explique le médecin.

Pour Ellen Cady, médecin conseil à la direction des risques professionnels de la CNAMTS, «le médecin du travail informe bien le salarié des risques auxquels il a été exposé. Mais avec psychologie». Selon elle, «la très grande majorité des gens ne présentent aucune pathologie leur vie durant. Il ne faudrait pas que ces personnes s'angoissent pour rien».

Le SPP n'est ouvert qu'aux salariés. Artisans, commerçants, agriculteurs et autres professions indépendantes sont en reste. Entre 40% et 50% des artisans auraient pourtant été exposés au moins une fois à l'amiante selon l'étude de l'InVS nommée EsprI, menée par la Caisse nationale d'assurance maladie des professions indépendantes.

Jacqueline Clavel, directrice de recherche à l'Inserm, déplore l'inexistence de dispositif de suivi concernant de nombreuses substances. «Il en existe beaucoup dont on craint leur caractère cancérogène , comme les fibres minérales de substitution à l'amiante, ou les pesticides, fongicides… Il est temps d'en tenir compte.»




A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus