Suisse: une initiative populaire contre l’agriculture intensive

Le 24 janvier 2018 par Marine Jobert
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En finir avec les pesticides de synthèse.
En finir avec les pesticides de synthèse.

La Suisse sera-t-elle la première nation européenne à sortir de l’agriculture intensive? Ne plus subventionner les exploitations agricoles qui utilisent des pesticides de synthèse, administrent des antibiotiques à titre prophylactique et nourrissent leur bétail avec du fourrage exporté: c’est le sens d’une initiative populaire déposée auprès de la Chancellerie fédérale, afin de modifier la Constitution suisse.

La sortie des pesticides de synthèse. L’arrêt des antibiotiques à titre prophylactique. La fin du fourrage exporté. C’est le programme de l’initiative populaire fédérale «Pour une eau potable propre et une alimentation saine» qui, après avoir recueilli 114.420 signatures en 10 mois, vient d’être déposée à la Chancellerie. Objectif: modifier la Constitution pour que soient subventionnées seulement les pratiques agricoles respectueuses de l'environnement et ne polluant pas l'eau potable. Chaque année, la Confédération consacre quelque 3 milliards de francs suisses à son agriculture, essentiellement tournée vers l’élevage (lait, viande).

Après avoir été signée par plus de 100.000 citoyens, l’initiative populaire est examinée par le Parlement, puis soumise au vote populaire. Le Conseil fédéral et le Parlement peuvent toutefois choisir de lui opposer un contre-projet direct ou indirect.

Pesticides et antibiotiques à gogo

Les dégâts environnementaux causés par l’agriculture intensive sont les mêmes de part et d’autre des Alpes. Cours d’eau et nappes phréatiques contaminés par les pesticides. Sols maltraités par des pratiques agricoles non soutenables. Surproduction de lisier. Surconsommation de phosphate et autres engrais qui finissent dans l’eau potable. Emissions inquiétantes d’ammoniac. Antibiorésistance avérée pour cause de consommation excessive d’antibiotiques dans les élevages. Importation massive de fourrage[1]. Effondrement de la biodiversité végétale et animale dans les prairies.

Fin des subventions dans 8 ans

Ce système agricole intensif coûte fort cher, puisque le montant des subventions à l’hectare est 10 fois supérieur à celui pratiqué en moyenne en France. L'initiative prévoit qu’après une période transitoire de 8 ans, seules les exploitations agricoles n’utilisant aucun pesticide ni antibiotique à titre prophylactique, et élevant un bétail nourri exclusivement avec du fourrage produit sur l’exploitation, recevront des aides financières fédérales. De quoi venir en aide aux agriculteurs eux-mêmes, étranglés par les importations de fourrage et l’effondrement du prix du lait. «Au lieu de remettre en question cette méthode d’agriculture, on en appelle à l’Etat pour obtenir à nouveau de l’aide. La politique agricole ne peut pas continuer à promouvoir ce cercle vicieux», dénoncent les initiateurs de l’initiative, soutenus par Greenpeace Suisse, BirdLife Suisse ou la Fédération suisse de pêche. Aucune date pour la votation n’a encore été annoncée.



[1] La Suisse exploite à l'étranger autant de terres arables que ce dont elle dispose à l’intérieur du pays.

 



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