Suez-GDF: pas si simple

Le 27 février 2006 par Joël Spaës, Enerpresse
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

Synergie quand tu nous tiens! Énoncée en quelques mots, la fusion entre Gaz de France et Suez est un «deal» comme les analystes boursiers, voire les industriels, les aiment: «gagnant-gagnant». Ainsi, le nouvel ensemble Suez-Gaz de France sera le cinquième producteur d'électricité en Europe, l'opérateur du premier réseau de transport et de distribution de gaz en Europe et le leader européen des services à l'énergie, du gaz naturel liquéfié (GNL). Il sera enfin un leader mondial de l'eau et de la gestion des déchets. Simple! Pas si sûr.

D'abord, et c'était prévisible, les Italiens ont plutôt mal réagi à cette annonce de création d'un groupe franco-belge -ne l'oublions pas, les filiales de Suez, Electrabel et Distrigaz sont essentiellement belges et d'ailleurs les problèmes de concurrence se poseront plus outre-Quiévrain, qu'en France -en mettant le «patriotisme» français en avant. On peut néanmoins se demander quelle mouche a piqué l'Enel (et le gouvernement transalpin) de jouer pendant près d'une semaine au jeu du j'y-vais-j'y-vais-pas-lancer-mon-OPA, moi aussi, sur un gros groupe européens (Suez). L'énergéticien italien dispose, grâce aux cessions contraintes de centrales en Italie et à la vente en cours de sa juteuse filiale télécoms, Wind, d'une capacité de croissance en Europe, certes moindre que celle de l'Allemand E.ON. Mais il est rare qu'un groupe annonce ses intentions plusieurs jours avant de concrétiser une telle opération, le risque est en effet de faire monter l'action de la proie et de devoir débourser plus qu'on n'aurait voulu y mettre au départ. Est-ce un raté simultané de la direction de l'Enel et du gouvernement Berlusconi? On peut en douter, d'autant que le ministre de l'Économie français, Thierry Breton, n'a pas caché que la fusion des deux entités Suez et GDF était en pourparlers depuis trois mois déjà. Que va gagner l'Enel dans ce jeu? Les députés italiens, qui ont fini par laisser EDF entrer sur le marché transalpin (via Edison), sont déjà prêts à remettre sur le tapis, eux-aussi, la législation qui a permis cette opération. Cette fois, ils pourraient même s'aligner, pour autoriser les étrangers à prendre des participations en Italie, sur un blocage, à 2%, des parts d'une entreprise prédatrice qui peuvent être détenues par une entité publique.



En France aussi cela risque d'être agité

Sur le terrain français, Suez-Gaz de France va directement concurrencer EDF -qui ne dit mot sur le sujet- dans la perspective de l'ouverture totale du marché de l'énergie au 1er juillet 2007 à tous. Rappelons-le, Suez ambitionnait d'être -et était de fait après la reprise de la CNR et de la SHEM, ainsi que ses participations dans des réacteurs nucléaires- le deuxième électricien en France. Toujours en France, après la CFE-CGC et la CGT reçues hier lundi matin par le ministre de l'Économie, Thierry Breton, et le ministre délégué à l'Industrie, François Loos, FO est «convoquée» mardi matin et la CFDT le même jour à midi; la CFTC étant reçue mercredi à Bercy. Les entretiens, qui se dérouleront en présence des PDG des deux entreprises, Gérard Mestrallet pour Suez et Jean-François Cirelli pour GDF, devraient être pour le moins agités, les syndicats dénonçant une «mascarade»signant la privatisation de l'opérateur gazier français. Après sa rencontre à Bercy, le secrétaire général de la fédération CFE-CGC des industries électriques et gazières, Jean-Claude Pelofy, a déploré ne pas avoir «eu de réponse sur le projet industriel commun Frédéric Imbrecht, son homologue de la fédération CGT Mines-énergie, a accusé de son côté le gouvernement de «mensonge», d'«amateurisme », et reproche d'infliger «un risque majeur à l'avenir énergétique français et européen. Pour le ministère, la préservation de l'emploi, du statut des personnels des industries électriques et gazières, et du contrat de service public entre l'Etat et GDF serait assurée. Si sont attendues des synergies opérationnelles (avant impôts) de 500 millions d'euros par an, par tiers et sur trois ans, les acteurs de l'opération estiment qu'elle créera des emplois... Dont acte. Quant aux modalités de «gouvernance» du nouvel ensemble (qui sera le chef, en l'occurrence), elle seront précisées «dans les meilleurs délais »,assure le communiqué commun des deux entreprises, hier lundi. Tiendrait la corde une option présidence et directoire, avec G. Mestrallet président, J-F. Cirelli, vice-président. Enfin, et pour en revenir à la loi, les députés – les mêmes qui ont voté la législation du 9 août 2004 – vont avoir le dossier sur la table rapidement. Faire, défaire, c'est toujours travailler.




A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus