Stress au travail: un phénomène en hausse, souvent occulté

Le 12 juin 2009 par Sabine Casalonga
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Le stress concernerait un salarié sur quatre, selon les résultats d’un sondage CSA (1) présenté hier à l’occasion du forum «Prévenir le stress et les risques psychosociaux au travail», organisé par l’Anact (2). Les nouvelles formes d’organisation du travail sont en cause. Pourtant, salariés et chefs d’entreprise seraient encore nombreux à nier la réalité du problème.

41% des salariés se disent «assez» ou «très stressés» dans leur quotidien. Or, pour 60% d’entre eux, cet état relèverait uniquement de leur travail, tandis que 38% l’attribuent conjointement à leur vie professionnelle et personnelle. Tel est l’enseignement principal du sondage présenté à l’occasion du lancement de la 6e semaine pour la qualité de vie au travail. Autre surprise, la proportion des «stressés» est encore plus élevée chez les catégories socioprofessionnelles supérieures et les cadres supérieurs (47% et 57%). «Malgré certaines disparités, le stress touche l’ensemble des catégories de salariés», explique Stéphane Rozes, directeur général du CSA.

Cet état de stress peut avoir des répercussions sur la santé et la vie privée. Ainsi, 64% des personnes interrogées, qu’elles soient stressées ou pas, auraient ressenti un symptôme pouvant être associé au stress: fatigue importante (37%), tensions musculaires (29%), difficultés à ne plus penser au travail une fois à la maison (28%), troubles du sommeil (25%) ou encore anxiété (25%).

Si l’origine d’un mal-être au travail est souvent multiforme, le sondage fait apparaître 4 causes principales: l’organisation du travail, l’insatisfaction des exigences personnelles (rémunération et valorisation), les relations interpersonnelles, et les changements d’organisation (nécessité de s’adapter en permanence). D’ailleurs, les deux principaux critères de motivation au travail en France demeurent le niveau de rémunération (53%) et les conditions de travail (51%), selon le baromètre 2009 de l’Anact.

Depuis une décennie, de nombreuses études ont, de fait, montré que les nouvelles formes d’organisation travail sont une source de contraintes génératrices de stress. Une organisation du travail défaillante, citée par 57% des personnes stressées, peut se traduire, par exemple, par une charge de travail trop élevée, un manque de temps «pour souffler», ou encore la nécessité de mener de front plusieurs missions. Les salariés des grandes entreprises seraient davantage affectés que ceux des petites.

Face à une situation de stress, les salariés réagissent de façons diverses. Beaucoup occultent le problème. C’est le cas de 92% des personnes stressées qui déclarent «faire la part des choses et s’adapter au mieux à la situation», et de 49% qui font «comme si de rien n’était». «Le stress n’est pas considéré suffisamment ‘naturel’ pour qu’il soit évoqué auprès de la hiérarchie. Paradoxalement, le stress, présent dans l’entreprise, est ‘caché’ à l’entreprise», souligne Stéphane Rozes. D’autres choisissent de se ressourcer dans des activités personnelles (80%) ou de se tourner vers l’entourage familial (65 %). Une troisième catégorie fait néanmoins appel aux collègues (69%) ou à la hiérarchie (40%). Enfin, 21% des salariés -et 38% des personnes très stressées- augmentent leur consommation de nourriture, de tabac ou d’alcool. A noter également, 39% des personnes stressées consultent leur médecin traitant, 28% le médecin du travail, 23% suivent un traitement médical et plus de 11% se mettent en arrêt de travail.
«Le stress est considéré comme une maladie honteuse, comme le cancer il y a 20 ans. Cette situation est assez dramatique, sans compter les personnes qui se cachent à elles-mêmes leur stress», analyse Rémi Descosse, président du conseil d’administration de l’Anact.

Face à ce constat, des actions d’information, de prévention et de remédiation commencent à voir le jour. La Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), pour qui les risques psychosociaux sont une priorité d’action, a élaboré deux guides en 2008 en partenariat avec l’INRS sur les moyens de dépistage et les actions de prévention en entreprise. «Une action de formation de 1.000 experts de terrain est en cours. Ils auront pour mission d’informer les Comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et d’accompagner les entreprises, explique Stéphane Sellier, directeur des risques professionnels à la Cnam. Au-delà des actions individuelles, il faut en effet s’attaquer à l’organisation du travail».

Pour l’Anact, la prévention primaire des causes du stress est également prioritaire. Elle a ainsi mis en place un modèle destiné aux entreprises fondé sur une démarche participative dont l’objectif est d’identifier les tensions au sein des entreprises avant d’élaborer des solutions. Les intervenants au forum ont fortement insisté sur la nécessité d’ouvrir le dialogue autour de ce risque émergent et incité les organisations syndicales à s’emparer du sujet afin de peser sur certains dirigeants qui nient le problème, à l’instar de certains salariés.

Si l’impact de la crise économique renforce le ressenti de stress chez 54% des salariés, il ne serait pas si décisif. «La crise actuelle est un accélérateur et un révélateur d’un phénomène structurel lié aux organisations des entreprises», souligne le directeur du CSA.

(1) Le sondage a été réalisé auprès de 1.000 salariés français interrogés par téléphone à leur domicile sur leur perception du stress au travail, du 25 mars au 1er avril 2009.
(2) Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail


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