Stockage géologique du carbone: une technique en voie d'enterrement?

Le 16 octobre 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Extraction de pétrole boostée par une injection de CO2.
Extraction de pétrole boostée par une injection de CO2.
DR

Le stockage géologique du CO2 est au fond du trou. Peu de techniques peuvent pourtant se prévaloir d’autant d’a priori favorables pour lutter contre les changements climatiques. Cette palette de technologies permet, en effet, après avoir ôté le gaz carbonique des effluents gazeux industriels, de le transporter et surtout de l’injecter dans des structures géologiques étanches et profondes. Une façon d’assurer une transition entre le monde avide d’énergies fossiles, dans lequel nous vivons, et le futur décarboné, promis pour 2050. «Dans tous les scénarios énergétiques, le stockage géologique du carbone est l’une des principales solutions retenues avec les énergies renouvelables et la réduction de la consommation», rappelle Rob Arts de TNO, le CNRS néerlandais.

 

Dans son rapport spécial de 2005, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) estime que le captage-stockage géologique de carbone (CSC) est susceptible de nous débarrasser de 21% à 45% des émissions industrielles de dioxyde de carbone… en 2050. Suffisant pour ouvrir les vannes de l’argent public et susciter l’intérêt des chercheurs de par le monde.

 

La France peut stocker 72 ans d’émissions

 

L’Europe n’a pas attendu l’audit international. Les premiers travaux de recherche débutent en 1993, dans le cadre du troisième programme-cadre de recherche et développement (PCRD). Ils donneront lieu aux premiers essais d’injection de CO2 dans le sous-sol, à Sleipner, en mer du Nord norvégienne. En France, pas moins de 46 projets ont été conduits depuis 2005. Ils ont permis de caractériser les capacités de stockage de la géologie hexagonale (on pourrait y injecter plus de 26 milliards de tonnes de CO2, soit l’équivalent de 72 années d’émissions des Français[1]), d’affiner les techniques de contrôle du sous-sol ou de préparer de grands projets, comme Ulcos.

 

Les industriels n’ont pas été en reste. Sur fonds propres, Total a développé et exploité, à Lacq, la première chaine intégrée, comprenant une chaudière à oxycombustion, un système de captage du gaz carbonique et un «carbonduc», chargé de transporté quelques dizaines de milliers de tonnes de gaz carbonique vers un ancien réservoir souterrain de gaz naturel, situé sous les vignobles de Jurançon.

 

Enthousiaste, l’Union européenne vise loin. Dans la foulée du paquet Energie-climat de 2008, elle promet qu’une douzaine d’installations expérimentales de taille industrielle (capables de capter et d’injecter au moins un million de tonnes de dioxyde de carbone par an) seront opérationnelles vers 2015. Le ministère de l’écologie français classe la CSC comme l’une des «filières stratégiques de l’économie verte, visant un marché à la fois français et mondial». Bref, la CSC est promise à un brillant avenir.

 

Encore trop cher

 

Un détail a tout corrompu. équiper les centrales électriques ou les usines fortement émettrices (cimenteries, usines sidérurgiques) de dispositif de captage de CO2 coûte affreusement cher: de quelques centaines de millions à plus d’un milliard d’euros pièce. Des installations qu’il faut ensuite relier à un système de transport du CO2 vers le site d’injection souterrain, parfois distant de plusieurs centaines de kilomètres. «Tout compris, le coût de l’injection tourne autour de 60 € la tonne de CO2», confirme Hervé Quinquis, de l'IFP Energies Nouvelles. Pour réduire ces coûts, l’Europe conçoit, en 2010, le programme NER 300. Lequel consiste à consacrer le produit de la vente de 300 millions de quotas de GES au financement public d’énergies renouvelables et de CSC. Entretemps, le prix des quotas s’effondre, réduisant d’autant les capacités de financement communautaire. Et les ambitions des industriels.

 

Qualité alimentaire

 

A ce jour, aucun projet de taille industrielle n’est lancé. «Et sur la douzaine de prévu, seuls quatre pourraient voir le jour, dont deux au Royaume-Uni», souligne Isabelle Czernichowski, du BRGM et présidente du réseau de recherche européen CO2 GeoNet. L’objectif communautaire de 2008 ne sera pas atteint. Et d’autant moins que le financement des recherches commence à se tarir. En Espagne, les chercheurs peinent à financer l’achat de gaz carbonique de qualité industrielle pour tester le site de stockage d’Hontomín, près de Burgos. «Alors que les quotas européens coûtent environ 5 €, nous devons débourser 100 €/t pour acquérir du CO2 de qualité alimentaire pour continuer à travailler», se lamente Hervé Quinquis.

 

Après avoir été pionnière, l’Europe marque donc le pas. Contrairement au reste du monde. Sur les 20 opérations de CSC en cours ou sur le point de démarrer, souligne le dernier rapport de l’institut du captage-stockage de carbone, deux seulement se situent en Europe, et plus précisément en Norvège. L’Amérique du Nord en compte, en revanche, 14. Et 13 autres sont dans le «pipe». Problème: la plupart de ces opérations ne portent pas sur du stockage géologique simple. 12 d’entre elles injectent (ou vont injecter) du CO2 pour accroître la production de puits de pétrole. «Ce qui est opérationnel et rentable sans subvention, c’est l’accroissement de l’exploitation pétrolière», confirme Dominique Durand, de l’institut de recherche international de Stavanger (Norvège). Autrement dit, on séquestrera du gaz carbonique pour pouvoir consommer davantage d’énergie fossile. Pas forcément le but recherché initialement.



[1] Au rythme actuel d’émission.

 



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