Stockage du carbone: grandes cultures, grand potentiel

Le 14 juin 2019 par Stéphanie Senet
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L'Inra propose de transformer les grandes cultures
L'Inra propose de transformer les grandes cultures

Dans le cadre de l’Initiative 4 pour 1.000, l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) a présenté, le 13 juin, une étude démontrant le potentiel de stockage du carbone des sols de métropole en vue de réduire l’empreinte climatique nationale.

Au niveau mondial, les sols stockent 2 à 3 fois plus de carbone que l’atmosphère. Si l’on augmentait ce potentiel de seulement 0,4% par an –ou 4 pour 1.000- la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère serait réduite. En se basant sur les techniques disponibles, l’Inra[1] propose un scénario pour accroître le stockage additionnel des terres arables et des forêts de 1,9 pour 1.000 par an. Et cela d’ici à 2050. Ne rien faire, estiment les scientifiques, c’est risquer de transformer ces puits de carbone naturels en émetteurs nets de gaz à effet de serre..

«Le stockage additionnel obtenu selon notre scénario représente 7% des émissions nationales de gaz à effet de serre par an d’ici trente ans. Ce n’est pas en France que l’effet de compensation par l’agriculture sera donc le plus important mais ce n’est pas négligeable», explique au JDLE Laure Bamiere, co-pilote économique de l’étude à l’Inra.

Montagne et prairies

Géographiquement, le potentiel de stockage le plus élevé se situe dans les zones d’altitude (massifs alpin, pyrénéen, central, Jura et Vosges) par l’effet combiné du climat (faibles températures et pluviométrie élevée) et de l’occupation des sols (prairie permanente et forêts). Les zones de prairie présentent aussi un potentiel important, notamment en Bretagne. Dans une moindre mesure, les régions forestières et fourragères offrent un potentiel seulement moyen. Enfin, les stocks les plus faibles se trouvent en Languedoc-Roussillon, où les surfaces de vignes, restituant peu de carbone au sol, sont très importantes.

Grandes cultures et vignobles à transformer

Côté pratiques, les plus grandes attentes ciblent les grandes cultures. Le stockage de carbone est déjà important dans les forêts (81 tonnes de carbone par hectare en moyenne), avec une hausse moyenne de 240 kg/ha/an. Même chose pour les prairies permanentes, qui stockent 84,6 t/ha et progressent de 50 kg/ha/an. Au contraire, les grandes cultures –en particulier de céréales et d’oléagineux- offrent une forte marge de progression.

Leur stockage est aujourd’hui limité (51 t/ha), avec une tendance à la baisse (-170 kg/ha/an). Pour inverser la tendance, l’Inra propose de passer au semis direct dans les zones de climat sec, de créer et d’allonger les cultures intermédiaires (sans exportation de biomasse), d’augmenter la part des prairies temporaires (en remplacement de la culture de maïs fourrage) et d’apports de matières organiques, de développer les alignements d’arbres[1], et de planter des haies[2]. Au total, ce programme permettrait de stocker 5,2 pour 1000 de carbone supplémentaire par an dans les grandes cultures. Record à battre.Le vignoble présente aussi un potentiel intéressant, évalué à 3,7 pour 1000 par an grâce à l’enherbement des surfaces, de façon hivernale ou permanente.

S’il était mis en oeuvre, le scénario de l’Inra permettrait d’accroître le potentiel de stockage des sols de 31 millions de tonnes eq CO2 par an d’ici à 2050, voire de 50 Mt eq CO2/an si l’on ajoute le stockage des arbres et des haies. «C’est 4 fois plus que l’objectif de la Stratégie nationale bas carbone qui vise 12 à 13 Mt eq CO2 / an dans les sols et la biomasse dans trente ans», rappelle Laure Bamiere. Pourquoi s’en priver ?

 



[1] Sur toutes les parcelles d’au moins 1 hectare ayant au sol au moins 1 m de profondeur

[2] Autour de parcelles d’au moins 8 hectares



[1] L’étude a été commandée par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie et par le ministère de la transition écologique

 



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