Stations de ski: la neige, or blanc en péril

Le 11 juin 2019 par Romain Loury
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La neige de culture, cache-misère du ski alpin
La neige de culture, cache-misère du ski alpin
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Dans les montagnes françaises, l’avenir du ski sera de plus en plus dépendant de la neige de culture, révèlent des travaux menés par Météo-France et l'Irstea. Dans les pires scénarios climatiques, cet enneigement artificiel devrait même ne plus suffire vers la fin du 21ème siècle.

Afin de faire face aux années peu enneigées, quelques grandes stations de ski ont commencé à s’équiper en enneigeurs vers la fin des années 1980. «Ce qui, au début, était occasionnel et un peu caché, est peu à peu devenu de plus en plus banal et courant. Et ce qui n’était là que pour compenser les pénuries sporadiques est désormais un véritable outil de gestion», constate Samuel Morin, directeur du Centre d’études de la neige (Grenoble, Météo-France/CNRS), contacté par le JDLE.

Or la neige de culture, désormais épandue dès novembre-décembre afin de créer une sous-couche pour la neige à venir, semble promise à un avenir toujours plus radieux. A la différence de la neige naturelle, qui va se faire de plus en plus rare, montrent les travaux menés par Samuel Morin et ses collègues, issus du Centre national de recherches météorologiques (Météo-France/CNRS, auquel appartient le Centre d’études de la neige) et de l’Irstea[i].

129 stations analysées

Dans leur étude, publiée fin mai dans Scientific Reports, les chercheurs ont modélisé, pour la quasi-totalité des domaines skiables alpins (129 stations), l’enneigement alpin aux horizons 2050 et 2100 selon divers scénarios climatiques (RCP2.6, RCP4.5 et RCP8.5), en prenant comme hypothèse un taux de couverture de 45% de neige de culture. Actuellement, ce taux se situe «entre 30 et 35%», mais devrait continuer à s’accroître au cours des prochaines années, rappelle Samuel Morin.

A l’horizon 2050, la situation ne semble pas trop critique, quel que soit le scénario climatique: avec une couverture de 45%, la neige de culture permet de compenser la baisse d’enneigement naturel, même dans les pires scénarios, ceux de type RCP8.5. Dans l’ensemble, on comptera environ 1 année sur 5 de faible enneigement en 2050, comme lors de la période de référence 1986-2005, lorsque la neige de culture présentait une couverture de 15%.

En 2100, tout dépend du scénario climatique

Les situations divergent par la suite, selon le scénario climatique: en 2100, la neige de culture permet encore de limiter les dégâts dans un scénario RCP2.6 -un scénario du Giec, qui prévoit une hausse de 0,3 à 1,7°C de la température mondiale moyenne d'ici à 2100 par rapport à 1986-2005. Mais pas dans un scénario RCP8.5 (hausse de 2,6 à 4,8°C), où l’on comptera 4 années critiques sur 5. Selon une autre étude menée par la même équipe, publiée en avril dans The Cryosphere, la situation est encore plus préoccupante dans les Pyrénées, où la neige artificielle ne suffira plus, quel que soit le scénario climatique.

La situation sera évidemment variable pour chaque station alpine. Pour certaines, en particulier celles de basse altitude, il semble inéluctable qu’elles mettent la clé sous la porte dans les prochaines décennies. Toutefois, il semble bien difficile de tirer des conclusions quant à leur avenir, une baisse d’enneigement ne signifiant pas pour autant une mise à l’arrêt, explique Samuel Morin.

«Leur survie dépend bien sûr de la neige, mais aussi de bien d’autres facteurs, dont leur modèle économique, les habitudes de la clientèle, le type de gestion, leur niveau d’endettement», estime Samuel Morin. «Certaines stations peuvent par exemple se permettre de n’ouvrir que quand il y a de la neige», rappelle-t-il.

Neige de culture: une question de gestion de l’eau

Autre question épineuse, celle de la ressource en eau, nécessaire pour fabriquer la neige de culture. Des 10 à 20 millions de m3 nécessaires chaque année au cours de la période de référence, ce sont environ 40 millions de m3 qui seront utilisés chaque année entre 2030 et 2050 –avec des variations entre 27 et 53 millions de m3-, un niveau qui restera similaire en 2080-2100 dans un scénario RCP2.6.

Face à une telle hausse de la demande, les ressources actuelles en eau, qui vont évoluer du fait du changement climatique, suffiront-elles? Dans les Alpes, les projections font état de précipitations annuelles sans grand changement, mais avec une baisse en été, et une hausse en hiver. Pour la saison froide, la neige se raréfiera, tandis que la pluie deviendra plus fréquente. «La question qui se posera sera avant tout celle de la gestion de l’eau que de sa disponibilité», et donc du modèle d'aménagement du territoire, estime Samuel Morin.



[i] Irstea: Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture; CNRS: Centre national de la recherche scientifique

 



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