Sous les tropiques, le puits de carbone est bouché

Le 30 juillet 2019 par Romain Loury
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Les gains et les pertes s'équilibrent
Les gains et les pertes s'équilibrent

La végétation tropicale ne joue plus son rôle de puits de carbone, révèle une étude publiée lundi 29 juillet dans Nature Plants. Les stocks de carbone constitués par la photosynthèse ne compensent plus les pertes imputables à la déforestation et au réchauffement.

Lors d’une étude publiée en 2018, des chercheurs français et danois avaient mis au point une méthode permettant d’évaluer le stock de carbone de la végétation, dans sa partie aérienne (non racinaire), en recourant aux observations micro-ondes du satellite SMOS, leur permettant de définir un indice de végétation appelé L-VOD (L-band Vegetation Optical Depth).

Après une première analyse portant sur l’Afrique subsaharienne, la même équipe, constituée de scientifiques de l’Inra, du CEA, du CNRS et du CNES[i], en collaboration avec l’université de Copenhague et de Nankin, l’ont appliquée à l’ensemble des zones tropicales, à l’exception de l’Australie. Leurs résultats sont pour le moins inquiétants: la végétation tropicale ne joue plus son rôle de puits de carbone.

Un gain quasi-nul de carbone

Sur la période 2010-2017, les gains de carbone (absorption du carbone par les végétaux) s’élèvent ainsi à 2,97 milliards de tonnes de carbone par an (GtC/an), alors que les pertes (désorption du CO2) atteignent 2,86 GtC/an. Soit un gain net quasi-nul, de 0,11 GtC/an, équivalent à 1% des émissions anthropiques de gaz à effet de serre. Seule l’Asie tropicale demeure un puits, mais de faible ampleur (+0,12 GtC/an), tandis que l’Afrique et l’Amérique du Sud présentent un effet quasi-neutre (respectivement -0,03 et +0,02 GtC/an).

Parmi les principales raisons de ces pertes, la déforestation, mais aussi les conditions climatiques –dont l’évolution sera néfaste aux puits de carbone. Les chercheurs montrent ainsi un effet positif sur les stocks de carbone pendant l’épisode La Niña de 2010 (+2,36 GtC/an, surtout en Amérique du Sud et en Asie), mais un effet négatif pendant l’épisode El Niño de 2015-16 (-0,95 GtC/an en 2015, principalement en Afrique).

Le puits devient source

Selon l’Inra, «chaque année, la déforestation continue (voire s’accélère), ce qui diminue d’autant le potentiel des régions tropicales à piéger le carbone. Les résultats de cette étude suggèrent donc que nous traversons une étape de transition, au cours de laquelle les régions tropicales ont basculé du rôle de puits de carbone vers un rôle quasi neutre, qui préfigure peut-être une future phase au cours de laquelle ces mêmes régions deviendraient une source de carbone atmosphérique, accélérant ainsi le réchauffement global».



[i] Inra: Institut national de la recherche agronomique; CEA: Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives; CNRS: Centre national de la recherche scientifique; CNES: Centre national d’études spatiales

 



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