Sous les pavés, l’amiante?

Le 08 décembre 2014 par Romain Loury
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Un bloc d'actinolite
Un bloc d'actinolite
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Y a-t-il de l’amiante dans nos chaussées? Un nouveau risque pour les professionnels des travaux publics? Certaines roches qui y sont présentes, en particulier l’actinolite et le chrysotile, peuvent en contenir, mais très rarement, estiment des experts interrogés par le JDLE. Le principe de précaution ne s’en impose pas moins.

C’est un article publié fin novembre dans Le Moniteur qui l’affirme: 39% des enrobés routiers de la capitale contiendraient du chrysotile ou de l’actinolite, minéraux utilisés de 1978 à 1994 dans la construction des routes. Or ceux-ci peuvent contenir des fibres d’amiante. Y a-t-il un risque sanitaire, pour la population, mais surtout pour les professionnels des travaux publics?

Interrogée par le JDLE, la Fédération nationale des travaux publics (FNTP) rappelle que l’actinolite est «un minéral naturel, présent dans les roches, et ce n’est que dans 2% des cas qu’il est amiantifère». «Ce sont de gros cristaux rigides, le caractère amiantifère y est très rarement retrouvé», renchérit Didier Lahondère, expert en amiante environnemental au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

«Il existe un problème de métrologie dans les laboratoires: pour préparer la roche à l’observation au microscope, on la broie, ce qui crée des fragments de clivage, qui ont un peu la même tête que des fibres d’amiante», explique la FTPN. «La même tête», mais pas tout à fait: les fibres d’amiante sont plus allongées, plus résistantes que les fragments de clivage.

«Dans le doute, les laboratoires concluent à la présence de traces d’amiante, alors qu’il n’y en avait pas forcément avant le traitement», ajoute-t-elle. «Le fait que les laboratoires ne disposent pas de normes pour traiter les enrobés routiers constitue un vrai problème», juge Didier Lahondère.

Masques et brumisateur

A défaut de fibres d’amiante, se pose dès lors la question de l’effet sanitaire des fragments de clivage, tels ceux qui pourraient se dégager d’un chantier routier, sur les professionnels. Pour la FNTP, le «principe de précaution» doit primer, avec l’emploi de masques et travail sous brumisateur (ou sous la pluie) afin d’empêcher l’envol de particules.

Pour la fédération, «que ce soit sur une route ou dans une carrière, on n’a jamais vu de maladies liées à l’amiante [tels que les mésothéliomes, ndlr] avec ce type de travaux. En revanche, il y en a dans les ateliers de réparation des engins: les plaquettes de frein libèrent de l’amiante, et il s’agit d’un milieu confiné».

Selon la FNTP, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a été saisie afin de déterminer si les fragments de clivage posent un risque sanitaire. «A priori, nos techniciens ne le pensent pas», affirme la FNTP. L’Anses a déjà été confrontée à la difficile distinction entre fragments de clivage et fibres d’amiante, lors d’un rapport publié en avril 2012 sur le talc.

Contactée à plusieurs reprises, la Direction générale des infrastructures n’a pas été en mesure de répondre aux questions du JDLE. Quant à l'Institut français des sciences et technologies des transports, de l'aménagement et des réseaux (Ifsttar, qui englobe l’ancien Laboratoire central des ponts et chaussées), il a décliné les  demandes d’interview, au motif qu’il ne disposait pas de «données suffisamment élaborées».



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