Sous le désert, des océans de CO2

Le 29 juillet 2015 par Romain Loury
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Le bassin du Tarim
Le bassin du Tarim
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Les déserts pourraient cacher un gigantesque puits de carbone dans leurs nappes phréatiques, selon une étude chinoise publiée dans les Geophysical Research Letters. Jusqu’alors méconnu, ce phénomène serait d’origine récente, lié à l’irrigation agricole dans les régions semi-arides voisines.

Emis par combustion des énergies fossiles et par déforestation, le CO2 d’origine anthropique demeure pour 40% dans l’atmosphère, et est absorbé à 30% par l’océan. Or la végétation terrestre ne permet pas d’expliquer l’ensemble des 30% restants, suggérant l’idée que d’autres autres puits à carbone restent à découvrir.

Spécialistes de l’écologie des milieux arides, Yan Li et ses collègues de l’Académie chinoise des sciences pourraient en avoir découvert un majeur: les aquifères des régions désertiques. Selon leurs calculs, ces réserves d’eau pourraient même receler, sur l’ensemble du globe, bien plus de carbone que l’ensemble de la végétation terrestre, environ un quart de plus.

Comment ce carbone est-il arrivé là? Selon les chercheurs, il pénètrerait le sol via les racines des plantes cultivées en milieu semi-aride, en bordure du désert. Très salin et alcalin, ce sol nécessite une abondante irrigation pour être cultivable, afin de lessiver les sels issus de l’évaporation. Or le CO2 se dissout particulièrement bien dans cette eau salée. Celle-ci rejoint les nappes phréatiques, ruisselant jusque sous le désert, où le CO2 se retrouve piégé.

Du CO2 vraiment captif?

Selon l’analyse carbone 14 des eaux qu’ils ont menée dans le bassin du Tarim, dans la province chinoise du Xinjiang, les chercheurs jugent que «ce puits de carbone s’est fortement accru avec le développement de l’agriculture. Par exemple, les dépôts les plus importants de carbone inorganique ont débuté il y a 2.000 ans, lors de l’ouverture de la route de la soie, qui a accru les activités humaines le long du bassin du Tarim».

Comme pour le permafrost arctique, dont la fonte pourrait libérer de vastes quantités de carbone, y a-t-il un risque de voir celui-ci regagner l’atmosphère, notamment dans les pays recourant au forage pour assouvir leurs besoins en eau? Pas si sûr, estiment les chercheurs: «l’utilisation de cette eau très alcaline et chargée en sels est encore au stade expérimental: elle n’a jamais été, et ne sera probablement jamais, utilisée à large échelle, cette eau étant impropre pour les plantes cultivées».

Il existe bien, dans ces régions arides, des aquifères d’eau douce, mais «ils sont rares, et il s’agit d’eaux enfouies de très longue date. Même si cette eau était utilisée pour l’irrigation, elle ne libérerait pas de carbone dans l’atmosphère, car elle en contient très peu», jugent les chercheurs.



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