Sous l’effet du stress, les poissons deviennent des mâles

Le 03 avril 2019 par Stéphanie Senet
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Une nouvelle expérience doit préciser l'impact du stress sur la masculinisation des poissons
Une nouvelle expérience doit préciser l'impact du stress sur la masculinisation des poissons

Le stress joue un rôle très important dans la détermination du sexe des vertébrés et en particulier des poissons, en favorisant les mâles, selon une étude publiée le 2 avril dans la revue Trends in Ecology and Evolution.

Pour connaître l’état de stress d’un vertébré, regardez ses hormones. Dans un environnement anxiogène, la majorité des poissons et des mammifères produisent une grande quantité de cortisol. Les reptiles et les oiseaux, eux, fabriquent davantage de corticostérone. «Plusieurs études séparées avaient identifié des facteurs favorisant la production d’hormones de stress et la masculinisation de l’individu, comme une forte densité de population, une zone à forte prédation, une forte température ou une forte acidité de l’eau. Mais aucune n’avait encore fait le lien avec le stress», explique Benjamin Geffroy, chercheur en physiologie-écologie au laboratoire de l’Ifremer [1] à Palavas-les-Flots et auteur principal de cette revue de la littérature scientifique.

Des poissons très sensibles

Autre découverte: le poisson est l’espèce de vertébrés qui réagit le plus fortement au stress car la détermination de son sexe dépend moins de son patrimoine génétique que de son environnement au moment de l’identification. Une identification qui ne se produit pas à la naissance mais un peu plus tard, entre 50 et 100 jours après, par exemple, pour le bar. «Nous pensons que plus la période d’incubation est courte et plus l’effet de l’environnement est important. A l’inverse, pour un éléphant dont la période de gestation est de 22 mois et dont la mère se déplacera beaucoup, il est peu important», explique le chercheur de l’Ifremer.

Confirmation en bassin

Cette hypothèse du stress semble confirmée en bassin par l’équipe de Benjamin Geffroy. «Débutée en mars 2018 dans un élevage de bars, notre expérience a montré que le stress avait effectivement un rôle dans l’identification sexuelle. Lorsque l’on place les poissons dans des conditions anxiogènes, liées à des différences de température, ils produisent davantage de cortisol», observe le scientifique.

L’élevage à la loupe

Une nouvelle expérience a été lancée en mars 2019. Cette fois-ci, elle vise à évaluer l’impact de différents facteurs de stress en plaçant des bars dans trois environnements différents: une lumière bleue, une nourriture enrichie en tryptophane (un précurseur de la sérotonine) et une faible densité de population. Les réponses, attendues en 2020, intéresseront bien sûr les aquaculteurs, qui recherchent des femelles. Leur croissance s’avère meilleure et elles affichent un poids de 30 à 40% supérieur à celui des mâles.

 



[1] Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer

 



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