Soudures: l’EPR paie le prix d’une mauvaise conception

Le 12 avril 2019
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Des soudures difficiles à refaire.
Des soudures difficiles à refaire.
IRSN

Pour l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), les concepteurs du réacteur expérimental n’ont pas prévu l’imprévisible.

 

Publié jeudi 11 avril, le dernier avis de l’IRSN porte un rude coup au chantier de l’EPR. Le ‘bras technique’ de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) y rappelle que le réseau de vapeur secondaire du réacteur en construction à Flamanville (Manche) compte bien 66 soudures de piètre qualité. Problème: 8 d’entre elles se situent dans l’espace situé entre les deux enceintes du réacteur, un endroit très difficile d’accès.

Conformément à la demande faite par l’ASN, EDF a tenté de prouver que bien que non conformes au référentiel de sûreté, ces fameuses 8 soudures tiendraient quoi qu’il arrive. Bref, qu’on pouvait les classer dans la rubrique de la qualité tip top du nucléaire, en ‘exclusion de rupture’.

Racler le cordon

Hélas pour lui, l’électricien n’a pas convaincu les experts de l’IRSN qui demandent que l’industriel refasse toutes les soudures défaillantes. L’opération s’annonce des plus complexes. «Il faudra enlever le cordon de soudure sur une épaisseur de 35 millimètres environ, sachant que le tuyau a une circonférence de 750 mm», souligne Thierry Charles. Dans des conditions normales, l’opération prend 4 à 5 semaines. Mais quid des soudures situées entre les deux enceintes du réacteur? «Cela n’a jamais été tenté dans le monde», convient le directeur général adjoint de l’IRSN en charge de la sûreté.

En simplifiant à l’extrême, les 8 soudures de la discorde relient des tubes qui sont eux-mêmes chemisés dans un gros tuyau traversant les murs des enceintes. «Ce sera compliqué, ce sera lourd, il faudra déplacer du matériel. Mais cela montre surtout que lors de la conception de l’EPR, les ingénieurs de Framatome et d’EDF n’ont pas imaginé que l’on puisse devoir intervenir dans ces espaces. Il y a là un défaut de conception», estime Thierry Charles.

Des solutions existent

Doit-on s’attendre à un long arrêt du chantier de l’EPR? Ce n’est pas certain. Dans le dossier qu’il a présenté à l’IRSN, l’exploitant confirme la faisabilité de nouvelles soudures, en insistant sur la complexité de l’opération. Pas de quoi inquiéter l’IRSN: «Notre mission, c’est de nous assurer de la sûreté nucléaire, pas des délais de chantier. Et puis, quand nous avons demandé un confortement de la digue protégeant la centrale du Tricastin, EDF nous a dit que le chantier durerait des mois et des mois. En 8 semaines, c’était terminé.»



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