Sortir du nucléaire: oui, mais comment?

Le 10 octobre 2011 par Gwénaëlle Deboutte
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Il y a 4 mois, les Allemands faisaient cette annonce fracassante: l’arrêt de toutes leurs centrales nucléaires pour 2022. Mais comment et selon quel calendrier vont-ils concrètement s’y prendre, la question est loin d’être tranchée. Le Journal de l’environnement fait le point sur les différents plans d’attaque pour parvenir à cet objectif. Premier épisode: est-ce réellement tenable?

«Parfaitement gérable». Devant un parterre de journalistes du monde entier, le ministre de l’environnement allemand, Norbert Röttgen, ne cesse de le marteler: «Oui, la sortie du nucléaire à l’horizon 2022 est totalement faisable et gérable». Quatre mois après l’annonce du gouvernement, la question est sur toutes les lèvres: comment l’Allemagne va-t-elle concrètement s’y prendre?
 
Cette décision était-elle vraiment raisonnable et scientifiquement fondée? Pour le ministre, pas de doute: «Nous gardons les pieds sur terre. Je tiens à rappeler que nous n’arrêterons pas nos centrales du jour au lendemain! Nous avons 10 années devant nous. Par ailleurs, l’énergie nucléaire représente 23% de production d’électricité, pas 75% comme chez nos voisins français». 23%, soit tout de même 21 gigawatts de production d’électricité. Pour les autorités, les leviers, à court, moyen et long terme, ne manqueront pas pour compenser cette perte: importation d’électricité, augmentation de la production des centrales au gaz et au charbon, développement des énergies renouvelables… Pas d’inquiétude, l’Allemagne ne risque pas le black-out. Elle y mettra le prix.
 
Malgré tout, les critiques de manœuvre électoraliste persistent. Il suffit de retourner quelques années en arrière pour s’en convaincre. Car ce que la presse mondiale a fait passer pour une révolution avait en fait déjà été décidé en 1998 par le prédécesseur d’Angela Merkel, Gerhard Schröder (SPD, alors allié aux Verts). Mais en septembre 2010, à 10 ans de l’échéance, la chancelière juge que l’objectif est intenable et annonce qu’un délai, au-delà de 2040, serait nécessaire pour développer les énergies renouvelables, tout en contrôlant le prix de l’électricité et les émissions de CO2. La réaction est immédiate: tollé dans la rue, revers dans les urnes, avec une vague verte sans précédent.
 
De plus, hasard du calendrier, en mars 2011, la catastrophe japonaise de Fukushima vient porter le coup de grâce. Jusqu’ici à peine toléré, l’atome devient insupportable. Angela Merkel est contrainte à un virage à 180°: sur les 17 réacteurs du pays, les 8 plus anciens sont immédiatement mis hors service. A partir de 2021, seuls les 3 réacteurs les plus modernes (construits à la fin des années 1980) seront autorisés à fonctionner, mais pas après 2022. Pour les détracteurs de la CDU, ce revirement est surtout un appel du pied au parti des Verts, véritable force politique montante, contrairement à son allié actuel, les libéraux qui sont en chute libre à chaque élection.
 
Pour les autres au contraire, Fukushima est venu graver cet objectif dans le marbre. «La décision de Gerhard Schröder était politiquement très contestée à l’époque. Pourtant, de nombreuses études montraient déjà que c’était techniquement et économiquement possible, se souvient Bernd Hirschl, de l’Institut de recherche pour l’économie écologique. Mais cette fois, après le choc de Fukushima, la situation est différente. Il y a un vrai consensus autour de cette question, et ce quelle que soit la couleur politique.» Angela Merkel l’a elle-même assuré, aucun nouveau gouvernement ou nouvelle coalition ne devraient remettre en cause cette décision.


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