Sortir du charbon, c’est possible

Le 07 septembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'un des obstacles les plus complexes reste l'accompagnement des mineurs.
L'un des obstacles les plus complexes reste l'accompagnement des mineurs.
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Challenge technique et financier, l’abandon du charbon est surtout un enjeu politique et sociétal, estime une étude internationale coordonnée par l’Iddri.


Nous vivons dans période charnière. Dans les 15 prochaines années, rappelait récemment l’Agence internationale de l’énergie (AIE), 90.000 milliards de dollars d’investissements seront réalisés dans le secteur mondial de l’énergie. Selon que les règles du jeu de l’Accord de Paris irrigueront ou non les législations nationales, le bouquet énergétique pourrait être plus ou moins carboné. Or, souligne la dernière étude internationale coordonnée par l’Institut pour le développement durable et les relations internationales (Iddri), la sortie du charbon est d’ores et déjà possible, sans attendre une quelconque évolution législative.
Peu ou très carbonés
L’originalité de ce travail est d’ouvrir des pistes de décarbonation du secteur industriel dans différents contextes. «Habituellement, on se focalise sur des pays développés relativement peu dépendants du charbon. Dans cette étude, nous montrons comment des pays riches peu carbonés et des pays émergents gros consommateurs de charbon peuvent économiquement, politiquement et socialement, engager leur transition énergétique», explique Oliver Sartor, l’un des auteurs.
Le phénomène a commencé
Premier constat: la décarbonation a déjà commencé. Lors de la COP 23, une alliance de 28 pays, 9 gouvernements locaux et une trentaine de grandes entreprises a annoncé son intention de sortir plus ou moins rapidement du charbon. «Cette déclaration est intéressante. Certes, la consommation de ses signataires représente 3% de la demande mondiale de charbon, mais cela crée un élan politique international», estime l’universitaire australien.
Evolution du mix et de l’économie
Cet élan s’observe déjà en Chine. «Après 20 ans de hausse continue, la demande de charbon s’est stabilisée depuis trois ans, indique Oliver Sartor. C’est la conséquence de l’évolution du mix électrique et du recentrage sur les services de l’économie, jusqu’alors très axée sur les industries très énergivores. Cela devrait rapidement permettre de découpler la croissance économique des émissions de CO2.» 
Mini grid mais il fait le maximum
Autre découplage à venir: celui du nécessaire investissement dans les énergies fossiles pour permettre aux plus démunis d’accéder rapidement et à bas coût à l’électricité. «En fait, et c’est la bonne nouvelle technologique, dans bien des endroits, il est devenu moins cher, plus rapide et plus fiable de coupler un mini-grid, une centrale photovoltaïque à des batteries pour raccorder les régions les plus pauvres à l’électricité. Le modèle centrale à charbon, grands réseaux de transport et de distribution n’est plus le plus efficace.»
Climat et santé
Nécessité climatique, la sortie du charbon apporte d’autres bienfaits aux sociétés. La qualité locale de l’air en sort assainie et l’état de santé des riverains va en s’améliorant. Cela n’est pas nouveau. Plus neuf, en revanche, sont les conflits d’usage de l’eau. «Dans certaines régions de l’Inde, maintenir en activité les centrales au charbon durant l’été réduit l’accès à l’eau des riverains et des agriculteurs», rappelle Oliver Sartor. Dans les pays où l’espace est compté, il devient, en outre, difficile de se débarrasser des résidus de combustion: chaque année, les électriciens indiens produisent 300 millions de tonnes de cendres, potentiellement toxiques, qu’il faut bien stocker.
L’obstacle politique
Finalement, l’obstacle le plus imposant semble être de nature politique. Et notamment le nécessaire accompagnement des mineurs qui souvent ne constituent pas d’importants bataillons d’électeurs: 30.000 gueules noires descendent encore au fond en Allemagne, par exemple. «A chaque situation, sa solution. Dans certains cas, on jouera sur la pyramide des âges du personnel. Dans d’autres, on fera un gros effort de formation des jeunes sur le départ.» L’une des difficultés est, en effet, le reclassement des mineurs dans leur région: «Leur travail étant pénible et dangereux, ils sont souvent mieux payés que les autres salariés de la région.»
Le péril jeune
Sans accompagnement financier à l’échelon régional, il est à craindre que les jeunes mineurs qui perdront leur travail quittent la région, avec des risques de déclin démographique. Un accompagnement qui devra se faire dans la durée. «Après la fermeture des mines du Limbourg néerlandais ou de la Ruhr, il a fallu soutenir les populations locales le temps d’une génération.»
Gare aux producteurs
Sortir du charbon, c’est finalement possible et appréciable pour les pays consommateurs mais aussi producteurs. Une économie nationale trop dépendante de ses exportations de charbon, comme l’Afrique du Sud ou l’Australie , est plus vulnérable au déclin annoncé de la demande mondiale. La stabilisation à 2°C du réchauffement nécessite en gros de diviser par 6 la consommation de charbon et de lignite. Pas sûr que les 430.000 Sud-Africains vivant de l’exploitation de King Coal soient au courant.



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